Dans son discours de politique générale devant les députés de l’assemblée nationale française, Michel Barnier, le nouveau premier ministre nommé par Macron, a clairement fait allusion à une éventuelle renégociation de l’accord de 1968, emboitant ainsi le pas à son ministre de l’intérieur Bruneau Rétaillau, connu pour ses positions anti algériennes proche de celles du RN. Ce dernier réclame, quant à lui, la dénonciation pure et simple de cet accord.
C’est donc un pas de plus qui vient d’être franchi dans la dégradation des relations entre les deux pays. Cela a commencé avec le volte–face d’Emmanuel Macron qui a fait part de son intention d’avaliser le plan marocain concernant le Sahara occidental, ce qui déclencha immédiatement le retrait de l’ambassadeur d’Algérie en France; Une décision qui a mis mal à l’aise le président français, lequel, comme si rien n’était, continuait à chanter les louanges d’un partenariat d’exception entre son pays et l’Algérie. Il dépêcha même sa meilleure conseillère spéciale auprès du président Tebboune pour prendre le pouls coté El Mouradia. Coté algérien on ne daigna pas répondre, manière de signifier «On attend la suite» et cette suite n’a pas tardé à se manifester avec la nomination de ce nouveau gouvernement dont la tendance est droitière à l’extrême. Ainsi la perspective d’une reprise sans chahut des relations entre les deux pays s’éloigne de plus en plus. Ce voyage d’Etat que devait effectuer le président Tebboune en France n’est plus d’actualité. Certes des deux cotés de la Méditerranée on ne souhaite pas atteindre le point de non retour, figeant ainsi une situation de couleur grise mais si un dérapage survient du coté de Matignon ce sera un de trop et alors ce sera le duel d’abord feutré puis ouvertement tranchant entre les deux pays. Si comme on le pressent l’accord de 1968 concernant le séjour des Algériens en France est remis en cause, l’Algérie prendra acte mais à son tour refusera tout retour de clandestins algériens sur son sol. L’expulsion par la force de ces derniers ne sera pas possible si le pays d’origine ne le désire pas. Le problème deviendra alors une question de droit à laquelle devra répondre la France devant la cour européenne de justice et dont la France devra se plier aux décisions prises par cette cour. Ce sera alors un dilemme pour ce pays qui ne cesse de proclamer être la patrie des droits de l’homme. L’autre mesure de rétorsion que prendra éventuellement l’Algérie à l’encontre de la France si ce pays pousse le bouchon trop loin concernant ses ressortissants établis chez elle sera celle de la question mémorielle, laquelle sortira du cadre franco-algérien pour atterrir à un niveau international. L’Algérie a parfaitement le droit par le biais de sa société civile et à travers ses associations de saisir toutes les instances pénales internationales pour poser une ou plusieurs plaintes mettant en cause l’Etat français en accusant celui-ci de crime de guerre injustifié concernant la répression sanglante du 8 mai 1945 , la torture généralisée pratiquée au cours de la guerre d’Algérie et on peut aller encore plus loin dans le temps au sujet de l’exil forcé de milliers d’Algériens en Nouvelle Calédonie . Pour rappel il n’ ya pas de délai de prescription concernant les crimes de guerre, génocides ou crimes contre l’humanité. A tout moment un pays ayant subi de telles exactions pourra saisir toute instance pénale spécialisée dans les droits humains. Les Algériens pourront produire des témoignages précis et fournir des preuves tangibles sur les exactions françaises commises par la France envers les populations algériennes au cours de cent trente deux années d’occupation. Ainsi le dossier mémoriel algérien prendra une tournure internationale et la France n’y pourra rien. Il est même possible que les associations algériennes et leur armée d’avocats dont certains ont une réputation mondiale puissent aider certaines associations africaines à prendre le relais de la dénonciation. Tout ceci pour dire que si la France compte croise le fer avec l’Algérie bien mal lui prendra.
