Constantine-CHU Ben Badis :Un grand hôpital à l’agonie et l’éclat universitaire en berne

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Le Conseil scientifique du CHU Ben Badis de Constantine a lancé un cri de détresse, dévoilant les contours d’une crise sans précédent au sein de cet établissement emblématique. Si le surnom de « Grand Hôpital » évoque encore une mission d’envergure, la réalité sur le terrain est bien différente.

Ce pilier de la santé publique dans l’Est algérien subit aujourd’hui une métamorphose inquiétante : d’un centre hospitalo-universitaire phare, il glisse progressivement vers une simple structure de santé publique, désertant son rôle clé de producteur de savoir, d’innovation et de recherche. Historiquement, le CHU Ben Badis incarnait un modèle de convergence entre soins, enseignement et recherche. Des générations de médecins, chercheurs et professionnels de santé y ont été formées, contribuant à bâtir une médecine algérienne respectée. Mais ce socle universitaire et scientifique, autrefois solide, se fissure. Les laboratoires de recherche, autrefois actifs et connectés aux grandes problématiques sanitaires, sont aujourd’hui en sommeil. Les publications scientifiques, moteur de l’innovation médicale, se font rares. L’interconnexion avec les institutions académiques nationales et internationales a été réduite à néant. L’établissement, autrefois réputé pour son excellence académique, s’éloigne de son statut d’hôpital universitaire pour devenir un simple dispensaire de soins publics, incapable de répondre aux attentes des citoyens et des étudiants en médecine.

Des dysfonctionnements chroniques

Les problèmes évoqués par le Conseil scientifique sont aussi graves qu’inquiétants : Des moyens matériels au point zéro : Imaginez un hôpital incapable d’acheter du papier depuis deux ans. Ce constat absurde illustre l’effondrement des capacités opérationnelles. Un état d’abandon infrastructurel: Les travaux de rénovation sont au point mort, et les infrastructures hospitalières vieillissantes aggravent l’impression d’un lieu hors d’âge. Une fuite des cerveaux internes: Le manque de personnel qualifié et la mauvaise répartition des effectifs sapent l’efficacité de l’hôpital. De nombreux praticiens talentueux préfèrent quitter un environnement où leur expertise ne peut s’exprimer pleinement. L’insécurité: Les services hospitaliers, notamment les urgences, sont devenues des lieux où l’insécurité règne, rendant le travail quotidien des équipes encore plus éprouvant. L’un des symptômes les plus marquants de cette crise est la quasi-disparition de la production scientifique. L’hôpital, autrefois lieu de réflexion et de progrès, est aujourd’hui paralysé dans ses missions de recherche et de publication. Les projets collaboratifs avec les universités sont devenus anecdotiques. Cette régression compromet non seulement l’innovation médicale, mais aussi la formation des futurs médecins. À l’ère des interconnexions mondiales et des avancées en télé-médecine ou en intelligence artificielle, le CHU Ben Badis reste désespérément figé dans le passé, incapable de s’intégrer aux nouveaux défis sanitaires.

Un appel à la renaissance

Ce constat amer n’est pas une fatalité. Les professionnels de santé du CHU Ben Badis, réunis en Conseil scientifique, appellent à un sursaut national. Ils interpellent le ministre de la Santé et le Président de la République pour initier une refonte profonde de l’établissement. Leur vision dépasse le simple sauvetage : ils demandent un retour à l’excellence hospitalo-universitaire, où la recherche, les publications scientifiques et l’interconnexion académique sont au cœur du renouveau. Ce sursaut nécessite des investissements massifs dans les infrastructures, mais aussi une revalorisation des missions académiques. Il est impératif de recréer un environnement propice à l’innovation, à la production scientifique et à la collaboration avec des partenaires nationaux et internationaux. Le CHU Ben Badis est un miroir des défis de la santé publique algérienne: manque de moyens, fuite des talents, déconnexion des avancées globales. Sauver cet hôpital, c’est non seulement préserver un patrimoine de santé publique, mais aussi relancer une ambition nationale pour une médecine tournée vers l’avenir. Ce cri de détresse doit être entendu, car il dépasse les murs du CHU de Constantine. Il reflète une crise systémique qui exige une réponse à la hauteur des enjeux. Le CHU Ben Badis doit redevenir un phare, guidant la médecine algérienne vers une nouvelle ère d’excellence et d’innovation.

Par Mohamed Tahar Aissani

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