Devoir de mémoire: Une étoile tombée pour que vive l’Algérie

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« Si nous venons à disparaître, défendez nos mémoires » – Didouche Mourad

Le 18 décembre 1957, Alger se tenait sous un ciel de plomb. Une pluie battante déversait ses flots, mais c’était une autre tempête qui déferlait ce jour-là sur les ruelles mémorables de la capitale.

À l’angle du lieu-dit «Oued Lbsakra», à l’ombre des façades de la rue Horace Vernet (aujourd’hui rue Capitaine Minani), en contrebas du haut de la rue Michelet (rebaptisée Didouche Mourad), un ultime acte de bravoure était sur le point d’être inscrit dans la grande épopée de la Révolution algérienne. Les accès étaient bouclés, les issues fermées. Les compagnies de gendarmes coloniaux, lourdement armées, encerclaient le quartier comme des vautours prêts à fondre sur leur proie. Dans ce maelström de fer et de feu, un homme se dressait, seul face à l’oppresseur : le Fidaï Khelifa Boukhalfa. Replié dans une masure, il venait d’accomplir une mission qui scellait son engagement à jamais. Les injonctions de reddition fusèrent, portées par le ton glaçant du colonel Robert. Mais à ces ultimatums, Khelifa répondit par des rafales rageuses de sa mitraillette. Il clamait haut et fort sa foi inébranlable dans la justesse de sa cause et dans la liberté de son peuple. « Je me bats pour l’Algérie libre », semblait-il hurler à chaque coup de feu, portant sa voix jusqu’aux étoiles. Le combat était inégal, épique, désespéré. Mais Khelifa Boukhalfa ne trembla pas. Face à un ennemi dépourvu de pitié, il opposa un stoïcisme à toute épreuve. Sa jeunesse – il avait à peine 26 ans – s’embrasa dans le feu du sacrifice. Il tomba en martyr, les armes à la main, à la fleur de l’âge, jusqu’à la dernière balle, jusqu’à son ultime souffle. Il fallut de longues heures pour dégager sa dépouille des gravats, ensevelie sous les obus d’un ennemi qui n’avait même pas osé s’approcher. Le martyr gisait là, auréolé de gloire et de courage. À Belcourt (auj. Belouizdad), sa mère éleva un cri qui déchira les cieux : un youyou vibrant de douleur, mais aussi d’une immense fierté. En écho, toute la ville d’Alger répondit par un concert de youyous à l’unisson. On ne pleurait pas Khelifa Boukhalfa : on le saluait. On saluait le héros qui avait fait don de sa vie pour que la patrie se lève libre. Son corps repose aujourd’hui dans le carré 22 du cimetière El Alia à Alger, mais son esprit veille sur chaque recoin de la terre algérienne. Son nom, tout comme celui des martyrs, est gravé dans le marbre de l’éternité.

Gloire à ceux qui ont su mourir

« À ceux qui ont su mourirPour une juste cause,À ceux qui ont su partirPour que les fleurs éclosent, Ils étaient les meilleurs. »Boualem Oussedik, maquis, 1958. Aux martyrs qui ont fait don de leur unique richesse, la vie, pour que nous retrouvions la liberté, l’honneur et la dignité foulés aux pieds par la barbarie coloniale, à ceux qui ont supporté la torture, la souffrance, et l’humiliation sans jamais faiblir, nous devons tout. Leur sacrifice, pur et désintéressé, n’avait qu’un seul objectif : une Algérie libérée de l’exploitation et de la servitude. C’est un devoir sacré qui incombe à chacun d’entre nous : veiller à ce que leur mémoire ne s’éteigne jamais. Leurs noms, tels des phares, doivent briller à jamais dans nos cœurs, guidant nos pas et nourrissant en nous cet amour inébranlable pour notre patrie. Ils sont notre boussole morale, nos héros, nos exemples. Khelifa Boukhalfa, plus qu’une rue ou une stèle, mérite que son épopée soit transmise, contée et célébrée. Car à travers lui, c’est toute la jeunesse algérienne qui renaît, inspirée par les valeurs de courage, de justice et de sacrifice. Allah yarham chouhada el abrar.Gloire à nos martyrs.Tahia El Djazair.

Par Mohamed Tahar Aissani

 

 

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