Drareni, Sansal et Macron:
Quand le symbolisme devient un terrain glissant

0
101

Par Mohamed Tahar Aissani—/—

Le journaliste Khaled Drareni, connu pour ses prises de position souvent mesurées, a une nouvelle fois attiré l’attention en commentant la récente polémique autour de Boualem Sansal, écrivain franco-algérien controversé. Dans une publication sur X (anciennement Twitter), Drareni semble jouer le rôle d’équilibriste, dénonçant à la fois les propos de Sansal, les ingérences du président Emmanuel Macron, et les dérapages de l’extrême-droite française.
Mais derrière cette posture apparemment nuancée, se cache une ambiguïté troublante. Drareni semble à la fois condamner l’arrestation de Sansal tout en fustigeant la France pour son ingérence dans cette affaire. Un discours qui, s’il prétend défendre une certaine souveraineté nationale, flirte dangereusement avec une complaisance à l’égard d’un écrivain dont les sorties publiques méprisent profondément l’Algérie et ses symboles. Dans sa publication, Drareni écrit : « Beaucoup d’Algériens, même choqués par les propos racistes et extrémistes de l’écrivain […] se sont exprimés contre son arrestation. » Une affirmation qui, à elle seule, mérite un sérieux examen. Qui sont ces « nombreux Algériens » qu’il prétend représenter ? En cherchant à jouer les médiateurs entre toutes les parties, Drareni semble occulter un point essentiel : les mots de Sansal ne sont pas qu’une opinion ; ils sont une insulte claire à une nation entière.
Macron, Sansal et le jeu de l’extrême-droite

En adressant une injonction au président français – « Ne jouez pas avec les symboles, calmez-vous M. Le président » – Drareni se place en arbitre autoproclamé des relations franco-algériennes. Il accuse Macron de participer à une « escalade dont on peut se passer ». Certes, la diplomatie nécessite de la retenue, mais ignorer que Macron répond ici à une manœuvre évidente de l’extrême-droite française est naïf, voire complice. En effet, l’extrême-droite utilise régulièrement des figures comme Sansal pour légitimer des discours racistes et néocoloniaux. Ce qui frappe dans la déclaration de Drareni, c’est son refus d’aller au bout de la logique. Critiquer Macron pour sa posture paternaliste, oui. Mais pourquoi épargner Sansal? Pourquoi minimiser la portée des propos de cet écrivain, qui a osé réduire l’Algérie à un simple «truc » ? La liberté d’expression ne peut pas être un prétexte pour des discours qui sapent l’identité nationale et attisent les tensions sociales. Ce qui complique davantage la position de Drareni, c’est l’interprétation qu’en font certains relais médiatiques. En Algérie comme ailleurs, ses propos ont été présentés comme une critique acerbe envers Macron et l’extrême-droite, éclipsant sa condamnation timide des propos de Sansal. Cette manipulation médiatique – consciente ou non – alimente une confusion qui profite à ceux qui cherchent à diluer les responsabilités.

Un appel à la clarté

Khaled Drareni, en tant que journaliste, porte une responsabilité cruciale : celle de nommer les choses avec précision. Dans cette affaire, ses propos échouent à établir une position claire face à une réalité complexe. Ni Sansal, avec son mépris affiché, ni Macron, avec son ton moralisateur, ne peuvent être exonérés. Mais en cherchant à ménager toutes les sensibilités, Drareni risque de perdre sa crédibilité auprès de ceux qui attendent une voix forte et engagée. La liberté d’expression est un droit fondamental, mais elle n’exonère pas des conséquences des mots. Drareni aurait tout à gagner à sortir de l’ambiguïté et à appeler un chat un chat : Sansal n’est pas une victime, et Macron n’est pas un arbitre neutre. Le peuple algérien mérite mieux que des discours de faux équilibre.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici