Par Mohamed Tahar Aissani…/…
La récente intervention de parlementaires français auprès du Parlement Européen pour discuter de l’affaire Boualem Sansal a remis en lumière les tensions déjà vives entre l’Algérie et la France. Ce dossier, en apparence centré sur les droits de l’homme, semble cristalliser des enjeux diplomatiques et politiques beaucoup plus complexes, notamment liés à la souveraineté algérienne et à la montée de l’extrême droite en Europe. Mercredi prochain, le Parlement Européen tiendra une session pour débattre du cas de Boualem Sansal, écrivain franco-algérien arrêté en novembre dernier à l’aéroport d’Alger. Accusé de « porter atteinte à la sécurité de l’État », il est poursuivi en vertu de l’article 87 bis du Code pénal algérien, qui classe ces actes comme des « actes terroristes ». Cette initiative parlementaire, portée par des députés français, notamment issus de l’extrême droite, relance un débat déjà évoqué en novembre 2024. Cependant, la mobilisation autour de Sansal dépasse la simple question judiciaire. Elle s’inscrit dans une tentative récurrente d’instrumentaliser les institutions européennes pour faire pression sur des pays tiers, en l’occurrence l’Algérie. Si les résolutions et décisions du Parlement Européen ne sont pas toujours contraignantes, leur portée symbolique et médiatique n’en reste pas moins significative. Le contexte de cette affaire est lourd de sous-entendus historiques et politiques. Boualem Sansal, connu pour ses positions controversées sur l’Algérie, a récemment déclaré dans un média français que certaines régions de l’ouest algérien, comme Tlemcen ou Oran, « étaient historiquement marocaines ». Cette déclaration a suscité une vive réaction en Algérie, où Sansal a été qualifié de « manipulateur » et d’ »instrument de déstabilisation ». Dans son discours devant le Parlement algérien le 29 décembre 2024, le président Abdelmadjid Tebboune n’a pas mâché ses mots en qualifiant Sansal de « mystificateur » et de « relais des agendas étrangers visant à remettre en cause l’unité nationale ». Ce ton incisif illustre l’exaspération d’Alger face aux ingérences perçues comme une tentative de déstabilisation de sa souveraineté.
Le rôle de l’extrême droite européenne
La persistance de l’extrême droite française dans cette affaire révèle une stratégie plus large de polarisation des relations euro-méditerranéennes. En mobilisant le cas Sansal, ces forces politiques cherchent à renforcer leur rhétorique anti-immigration et leur opposition aux gouvernements des pays du Sud, tout en exacerbant les tensions mémorielles entre la France et l’Algérie. Le recours au Parlement Européen met en lumière un paradoxe : d’un côté, l’extrême droite européenne critique régulièrement l’Union Européenne, de l’autre, elle instrumentalise ses institutions pour promouvoir son agenda politique. En l’occurrence, l’objectif semble être de mettre l’Algérie sur la défensive, en alimentant un narratif autour de la « violation des droits de l’homme » tout en occultant les nuances géopolitiques du dossier. Une Algérie résolue face aux ingérences. Pour Alger, cette affaire est un test de souveraineté. Les autorités algériennes ont réitéré à plusieurs reprises leur refus catégorique de toute ingérence dans leurs affaires intérieures, rappelant que l’arrestation de Sansal relève d’un cadre légal national. Ce positionnement reflète une volonté plus large de l’Algérie de s’affirmer sur la scène internationale comme un acteur indépendant, refusant de céder aux pressions extérieures. L’Algérie a également mis en garde contre les risques d’escalade dans ses relations avec la France, déjà marquées par des désaccords historiques et économiques. La réponse du président Tebboune traduit une posture de fermeté, qui pourrait toutefois être mise à l’épreuve si le Parlement Européen décidait d’adopter une résolution contraignante ou symboliquement forte. Une affaire qui dépasse le cadre judiciaire. Le cas Boualem Sansal, loin de se limiter à une affaire judiciaire, cristallise des tensions géopolitiques, historiques et idéologiques entre l’Algérie, la France et, plus largement, l’Europe. Il reflète également les stratégies controversées de l’extrême droite européenne pour instrumentaliser des dossiers sensibles et alimenter des tensions internationales. Dans ce contexte, l’Algérie devra non seulement défendre sa souveraineté, mais également affiner sa diplomatie pour éviter que cette affaire ne devienne un levier durable de pression sur la scène internationale. Quant à l’Europe, son traitement de cette affaire pourrait révéler ses priorités réelles en matière de respect des droits de l’homme et de souveraineté des États.
