Elle s’appelle Isabelle Vaha. Elle est âgée de 68 ans. Elle est la fille d’un légionnaire ayant servi pendant la guerre d’Algérie. C’était un tortionnaire selon le propre aveu de sa fille. Il y prenait même du plaisir et détestait comme il le disait les Arabes. Sa fille reconnait en lui un monstre mais dit–elle. Il n’était pas le seul.
Isabelle Vaha révulsée par le comportement de son père a choisi de dénoncer la colonisation française en Algérie dont les bienfaits proclamés par celle–ci servaient exclusivement la population d’origine européenne. Ce que révèle cette dame n’est pas nouveau. En effet tout était acquis à cette population même l’identification d’Algériens. Les autochtones, eux, étaient qualifiés d’indigènes ou dans le meilleur des cas de musulmans. Il existait réellement un apartheid en Algérie entre 1830 et 1958, année de l’arrivée au pouvoir du général De Gaulle qui accorda alors la citoyenneté française à ces musulmans, ce qui ne voulait pas dire pour autant qu’un pied–noir et un musulman se trouvaient sur le même pied d’égalité. Il n’ ya qu’à voir les logements dans les villes que l’on construisait pour ces musulmans français façon De Gaulle, cela n’avait rien à voir avec ceux qu’on accordait aux européens qui étaient spacieux et disposaient des installations de confort et d’hygiène nettement supérieures à celles des logements offerts à ces indigènes devenus à cause de la guerre des français dont on n’osait pas dire des citoyens de seconde zone car De Gaulle l’interdisait. En effet et il reste encore des traces qui subsistent encore dans nos grandes villes des cités regroupant des bâtiments à trois ou quatre étages enfermant des appartements exigus (F3 et F2) et des petites maisons individuelles abritant le même nombre de pièces que les bâtiments avec en sus une petite cour à l’intérieur. Ce genre de maisons était proposé à la vente pour des prix modiques. Quant aux logements sociaux auxquels ils faisaient face les attributaires payaient un loyer pratiquement sacrifié car c’était la politique nouvelle de la colonisation qui l’exigeait ainsi à partir de 1958. Cette concession colonialiste reposait bien sur une arrière pensée, celle de faire détourner la population dite musulmane du FLN en voulant faire croire à cette dernière que la France allait lui accorder les bienfaits qu’elle avait accordé sans retenue et durant plus d’un siècle aux européens alors qu’eux musulmans en étaient exclus . Cette démonstration sur le tard des «bienfaits de la colonisation» en Algérie est en fait une propagande mensongère qui ne trompe personne. Elle n’efface aucunement les horreurs commises, tout au long de cette présence française en terre d’Algérie, sur les habitants authentiques de ce pays jusqu’en 1954 par les Spahis, les gardes mobiles et ces civils français armés qui devenaient miliciens quand un des leurs est pris pour cible comme cela s’est passé en 1945 dans les localités moyennes de Sétif et de Guelma sans omettre les obus tirés de la mer par des navires de guerre français sur Kherrata. Durant l’insurrection qui s’est vite transformée en guerre ce sont plus de cinq cent mille soldats qui ont été dépêchés en Algérie et parmi eux ces fameux paras de Massu et de Bigeard. Il ne faut pas oublier cette légion étrangère stationnée à Sidi Bel Abbes dont le père d’Isabelle Vaha en faisait partie. Ces légionnaires ne sont pas des français dits de souche. La plupart d’entre eux sont des criminels d’origine européenne ayant commis des actes répréhensibles, comme le viol, le vol et des agressions sur des biens et des personnes. On leur offrait la possibilité de ne pas aller en prison et de signer un engagement dans cette légion étrangère. Ces ex malfrats et bandits ont commis des actes atroces envers la population algérienne. Ils pratiquaient la torture, souvent à ciel ouvert et à visage découvert, devant des civils qu’ils obligeaient à regarder. Ils étaient aussi les auteurs de viols collectifs envers les jeunes filles et femmes algériennes et se livraient souvent pour le plaisir à des exécutions sommaires, telles que l’une d’elles décrite par la fille de ce légionnaire qui jetait d’un hélicoptère des prisonniers «fels» comme on les appelait à l’époque. Isabelle Vaha fait preuve d’un courage exemplaire en dénonçant ces crimes abominables commis par la France en Algérie. Elle n’a pas épargné ses parents ou sa famille. En ce temps où l’Algérie est ciblée par ces nostalgiques de l’Algérie française ce témoignage vient à point nommé.
