Dans une nouvelle escalade diplomatique, l’Algérie a convoqué, le 16 décembre 2024, l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, pour protester contre ce qui est qualifié de « pratiques hostiles » émanant des services de renseignement français, notamment la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).
Cette convocation s’inscrit dans un contexte de relations bilatérales tendues, marqué par des différends persistants sur des enjeux géopolitiques et mémoriels.
Une crise amplifiée par le dossier saharien . Cet épisode intervient alors que l’Algérie a récemment rappelé son ambassadeur à Paris, en signe de désapprobation face au revirement du président français Emmanuel Macron concernant la question du Sahara occidental. Le soutien affiché de la France au plan d’autonomie marocain a été perçu par Alger comme une atteinte à son positionnement historique en faveur de l’autodétermination des peuples, conformément aux résolutions onusiennes.
La convocation d’un ambassadeur : un message symbolique
Dans le langage diplomatique, convoquer l’ambassadeur d’un pays est une démarche forte. Elle exprime le mécontentement, l’indignation ou l’opposition d’un État hôte à l’égard d’actes jugés inacceptables de la part de l’ambassadeur ou de son gouvernement. Bien que ce geste soit considéré comme un niveau de protestation moindre par rapport au rappel d’un ambassadeur, il constitue un avertissement clair et public. Depuis 2019, cette pratique est devenue récurrente dans les relations algéro-françaises, traduisant une montée en intensité des tensions entre les deux pays. Cependant, cette dynamique conflictuelle ne date pas d’hier. L’Algérie n’en est pas à sa première convocation d’ambassadeurs français. À plusieurs reprises, elle a utilisé cet outil diplomatique pour manifester son mécontentement face à des comportements perçus comme hostiles ou irrespectueux :
Mars 2020 : L’ambassadeur français de l’époque, Xavier Driencourt, a été convoqué pour protester contre des propos tenus sur la chaîne France 24, où un analyste avait accusé l’armée algérienne de détourner une aide sanitaire destinée à lutter contre le COVID-19.
Mai 2020 : Une nouvelle convocation a eu lieu pour protester contre une publication sur Twitter du commandement militaire français, jugée offensante par Alger.
Septembre 2021 : La France a durci ses conditions de délivrance de visas aux Algériens, entraînant une réaction officielle sous forme de convocation de l’ambassadeur.
Octobre 2021 : En réponse à des propos jugés offensants du président Macron sur la nation algérienne, Alger a rappelé son propre ambassadeur à Paris, une démarche exceptionnelle en termes diplomatiques.
Ces événements montrent une relation bilatérale ponctuée d’épisodes conflictuels, où chaque camp semble camper sur ses positions.
Un conflit historique et des cicatrices ouvertes
Bien avant 2019, les relations entre les deux nations étaient déjà marquées par des tensions. En 2015, l’Algérie a convoqué l’ambassadeur de France pour protester contre le traitement subi par un ministre algérien à l’aéroport d’Orly, malgré son statut diplomatique. Cet incident reflète la sensibilité algérienne à toute forme de comportement perçu comme un affront à sa souveraineté ou à son image nationale.
Une première historique : l’évolution stratégique de la diplomatie algérienne
Ce qui distingue l’escalade actuelle est l’approche plus systématique et affirmée de l’Algérie dans ses relations diplomatiques. Alger, en capitalisant sur une politique étrangère plus proactive, met en avant son rôle régional et mondial en s’opposant aux ingérences étrangères, particulièrement celles perçues comme une continuité de l’héritage colonial. Cette posture s’inscrit dans une redéfinition stratégique où l’Algérie cherche à affirmer sa souveraineté tout en consolidant ses alliances internationales.
Projection géopolitique : une fracture irréparable ?
Les relations entre Alger et Paris semblent s’engager dans une dynamique de confrontation durable. À l’heure où la France cherche à maintenir son influence en Afrique, notamment face à l’émergence d’acteurs tels que la Chine et la Russie, l’Algérie, de son côté, s’affirme comme un acteur indépendant et intransigeant. Ce rapport de force pourrait, à terme, redessiner la carte des alliances au Maghreb et au-delà. Si ces tensions ne sont pas nouvelles, leur intensité actuelle traduit une rupture symbolique plus profonde. L’Algérie ne se contente plus de réagir, elle revendique désormais un rôle d’acteur central dans les débats géopolitiques de son environnement immédiat. Dans ce climat de défiance mutuelle, une question reste en suspens : Paris et Alger peuvent-ils encore prétendre à une réconciliation durable, ou leur histoire commune continuera-t-elle d’alimenter un bras de fer sans fin ?
Par Mohamed Tahar Aissani
