Algérie-France :Le recul économique français face à une Algérie en pleine diversification

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Les relations entre l’Algérie et la France ont connu des tensions diplomatiques ces cinq dernières années, marquant un recul significatif du présence économique française au profit d’une ouverture stratégique vers de nouveaux partenaires internationaux.

Un recul progressif des entreprises françaises

Sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie a amorcé un virage économique visant à diversifier ses partenariats. Les conséquences ont été lourdes pour les entreprises françaises, qui ont vu leur présence s’effriter progressivement sur le territoire algérien. ’un des premiers signaux forts a été donné en octobre 2020, lorsque la société française RATP Dev, chargée de la gestion du métro d’Alger depuis 2011, a quitté le marché suite à la décision des autorités algériennes de ne pas renouveler son contrat. Dans la foulée, la société française Suez (ex-SEAL), en charge de la gestion des eaux dans Alger et Tipaza, a vu son activité prendre fin en 2021. Le secteur automobile n’a pas été épargné. Renault, présente en Algérie depuis des années, a suspendu la production de ses véhicules en 2020 sans prévision de reprise. En réponse, l’Algérie a rapidement réorienté sa stratégie en nouant des partenariats avec le constructeur italien Fiat et le sud-coréen Hyundai, dont un nouvel investissement de plus de 400 millions de dollars pour la construction d’une usine automobile en Algérie.

Des décisions stratégiques limitant l’influence française

Dans le domaine énergétique, l’Algérie a fait preuve d’une fermeté notable en bloquant, via son droit de préemption, l’acquisition par TotalEnergies des actifs d’Anadarko, un acteur clé de l’énergie en Algérie. En 2023, TotalEnergies s’est retirée d’un projet pétrochimique majeur à Oran, laissant la place à un partenariat algéro-chinois estimé à 1,5 milliard de dollars. Cette série de décisions stratégiques traduit une volonté affichée d’affranchissement économique vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. En conséquence, les entreprises françaises auraient perdu près de 18 milliards de dollars en raison de la restructuration économique menée par Alger, selon l’expert stratégique Hassan Kacimi. Il attribue ce tournant à une réaction aux déclarations jugées hostiles de certaines figures politiques françaises, notamment issues de la droite extrême.

Un repositionnement vers de nouveaux partenaires

Face à ce déclin du poids économique français, l’Algérie a intensifié ses collaborations avec d’autres pays tels que la Chine, la Turquie, l’Italie et le Qatar. Ces nouveaux partenaires ont renforcé leur présence dans les secteurs des infrastructures, de l’industrie automobile, de l’énergie et de la construction. Cette diversification ne se limite pas aux secteurs économiques, mais traduit une politique de souveraineté économique clairement assumée par Alger. La réduction de la dépendance vis-à-vis des acteurs historiques, notamment français, semble être une stratégie durable, plaçant l’Algérie sur une trajectoire d’autonomie et d’ouverture vers des opportunités économiques plus larges. Ainsi, la nouvelle donne économique algérienne redessine les équilibres régionaux et annonce une évolution stratégique qui ne se limite pas à un simple déplacement des acteurs, mais à une transformation en profondeur des partenariats et des alliances internationales.

Par Mohamed Tahar Aissani

 

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