Paris est en quête de leviers. C’est ainsi qu’on résume aujourd’hui la dernière lubie française, cette obsession persistante de trouver de nouveaux moyens de pression sur l’Algérie. Mais qu’espère-t-elle vraiment découvrir ? Des poux qu’elle-même a disséminés dans ses vieux matelas ? Il semble que l’histoire ne lui ait pas encore appris que l’Algérie n’est plus le pays docile qu’elle pouvait manipuler à coups de menaces voilées.
L’affaire qui a mis le feu aux poudres ? L’attentat de Mulhouse, perpétré par un ressortissant algérien sous OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français). Une tragédie qui a aussitôt déclenché la machine bien huilée de la stigmatisation, avec en tête le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, érigeant l’Algérie en bouc émissaire, accusée de bloquer l’expulsion de ses ressortissants. Une rhétorique éculée, qui masque mal l’impuissance d’une France qui peine à gérer ses propres contradictions. Comme à son habitude, la France tente de jouer les gros bras. « Il faut changer de braquet avec l’Algérie », tonne Retailleau, comme si l’ancienne puissance coloniale pouvait encore dicter ses conditions sans résistance. Mais de quelle force parle-t-il ? De celle qui a échoué à contenir ses crises internes, qui a troqué son rôle de puissance d’influence contre celui d’un État en perte de repères sur la scène internationale ? La menace de réduction des visas refait surface. Une vieille rengaine ressassée chaque fois que Paris veut donner un tour de vis à sa politique migratoire, oubliant que cette stratégie a déjà prouvé son inefficacité. En 2021, la France avait déjà réduit drastiquement les visas pour les Algériens, Marocains et Tunisiens. Résultat ? Une crise diplomatique sans précédent et une image ternie auprès des élites maghrébines. Aujourd’hui encore, la France menace sans avoir retenu la leçon.
L’Algérie, Cette Insoumise Qui Dérange
Mais si la tension monte, ce n’est pas uniquement à cause d’un différend migratoire. L’Algérie dérange parce qu’elle refuse de courber l’échine. Sa position intransigeante sur le Sahara occidental, son refus de céder aux diktats de Paris et sa gestion indépendante de ses relations internationales crispent les nerfs de l’Élysée. L’arrestation en France de plusieurs « influenceurs » algériens accusés d’appels à la haine en ligne, ou encore l’incarcération en Algérie de l’écrivain Boualem Sansal, ne sont que des prétextes pour alimenter cette hystérie franco-algérienne. La France, en mal d’influence, cherche à instrumentaliser chaque événement pour maintenir son emprise idéologique sur l’Algérie. Mais les temps ont changé. L’Algérie n’est plus ce satellite de la Françafrique sur lequel on pouvait impunément exercer une pression néocoloniale. Elle s’affirme, forge ses propres alliances et ne se laisse plus dicter ses choix. Si la France rêve d’un « rapport de force », elle risque de se réveiller brutalement. L’accord migratoire de 1968, dont certains veulent aujourd’hui la remise en cause, n’a jamais été une faveur accordée à l’Algérie, mais un arrangement bilatéral né de la réalité historique et humaine entre les deux pays. Les Algériens constituent la plus grande communauté étrangère en France, avec plus de 650 000 titres de séjour valides en 2024. Une population qui contribue activement à l’économie française, mais que l’on prend un malin plaisir à brandir comme un fardeau. Si Paris veut revoir ses relations avec Alger sous l’angle de la menace, elle doit s’attendre à des répliques. L’Algérie a déjà prouvé qu’elle savait se passer des faveurs françaises. Dans un monde multipolaire, d’autres partenaires plus pragmatiques et moins arrogants sont prêts à tendre la main. Paris pense avoir les cartes en main, mais joue une partie où son bluff est visible. Les intimidations sur les visas, les menaces sur les accords diplomatiques et les pressions économiques ne feront que renforcer la détermination algérienne. Si la France veut encore se chercher des poux, elle ferait bien de commencer par secouer ses propres draps.
Par Mohamed Tahar Aissani
