Parfois, il y a des personnages politiques qui semblent coincés dans une faille temporelle, obsédés par des combats qui n’existent que dans leur imagination.
Bruno Retailleau est de ceux-là. Le ministre de l’Intérieur français, manifestement en retard de plusieurs décennies (ou peut-être de plusieurs siècles), semble être l’incarnation vivante de cette droite crispée, nerveusement agrippée à son fantasme colonial. À chaque fois que le mot « Algérie » apparaît dans une phrase, il réagit comme un taureau à qui l’on agite un chiffon rouge. Dernier épisode en date ? Une sortie tonitruante contre la députée écologiste Sabrina Sebihi, coupable à ses yeux d’avoir osé railler son obsession maladive. Dans un entretien accordé au site algérien TSA, la parlementaire EELV n’a pas mâché ses mots : « Retailleau se comporte comme un petit commerçant de quartier, pas comme un homme d’État. » Et l’élue d’origine algérienne d’enfoncer le clou : « Il ne peut tout simplement pas s’empêcher d’entretenir une fixette quasi pathologique sur l’Algérie, comme si nous étions encore sous administration française. » Des propos qui ont fait bondir notre bon vieux Bruno. Dans les colonnes du Figaro, il s’est empressé de contre-attaquer, avec son lyrisme habituel trempé dans la nostalgie et l’autoritarisme : « Certains élus de gauche considèrent qu’il est normal que l’Algérie piétine le droit international. » Avant de s’aventurer dans une diatribe confuse sur l’écrivain Boualem Sansal, évoquant son emprisonnement comme s’il détenait la vérité absolue sur toutes les affaires judiciaires algériennes. Retailleau se rêve en défenseur ultime de l’ordre mondial et de la souveraineté… sauf quand il s’agit de respecter celle des autres. Il semble avoir oublié que même son propre président, Emmanuel Macron, a récemment clarifié que la politique migratoire et les relations diplomatiques avec l’Algérie ne dépendaient pas du bon vouloir d’un ministre de l’Intérieur en roue libre. Un rappel qui n’a visiblement pas atteint les oreilles de notre croisé de la francité. La France a-t-elle besoin d’un ministre qui consacre son temps à faire la guerre à des moulins à vent ? Retailleau, lui, est convaincu que oui. Et il continuera de marteler, comme un disque rayé, sa vieille rengaine sur l’Algérie, dans un pays où l’on attend peut-être de lui qu’il s’occupe d’enjeux un brin plus urgent. Mais qu’importe ! Pour lui, l’ennemi est désigné, et l’obsession continue. Jusqu’à quand ? Probablement jusqu’à ce qu’il finisse par réaliser que l’époque où la France nommait un gouverneur général à Alger est révolue. Depuis un bon moment.
Par Mohamed Tahar Aissani
