Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur et désormais auto-proclamé ministre des Affaires étrangères bis, semble déterminé à revisiter la Constitution à sa manière : pourquoi laisser les relations internationales à ceux qui sont censés s’en occuper quand on peut tout faire soi-même ?
Quitte à créer une mini-crise diplomatique, tant qu’on brille dans les dîners politiques, c’est gagné. C’est peu dire qu’Emmanuel Macron n’a pas apprécié que son ministre de l’Intérieur se prenne pour le général de Gaulle version 2025. D’après RTL, le président serait à deux doigts d’imprimer un manuel intitulé “La diplomatie pour les nuls – Édition spéciale Bruno”, histoire de remettre quelques pendules à l’heure. Car oui, dans la Ve République, la politique étrangère, c’est comme le nucléaire : c’est strictement réservé au chef de l’État. Et visiblement, Retailleau n’a pas lu les petites lignes du contrat. Le hic, c’est que Retailleau n’en est pas à son coup d’essai. En pleine opération charme pour prendre la tête du parti Les Républicains, quoi de mieux qu’une bonne vieille offensive contre l’Algérie ? C’est vendeur, ça passe bien dans les meetings, et surtout, ça évite de parler des vrais problèmes. Une stratégie cousue de fil blanc, certes, mais qui fait toujours recette dans les sphères droitières. Le Parisien révèle que l’Élysée n’avait même pas été mis au courant de certaines expulsions décidées unilatéralement par le ministre. C’est ce qu’on appelle la transparence inversée. Ou peut-être une passion pour les surprises, façon Kinder, mais version géopolitique. Dans les couloirs du pouvoir, ça grince. Un ministre, visiblement épuisé par tant d’enthousiasme solitaire, lâche : « Il durcit le ton, mais pour quoi au juste ? Une place de parking à la droite de Ciotti ? » Jean-Luc Mélenchon, jamais en reste quand il s’agit de dénoncer les coups de théâtre inutiles, s’est fendu d’un rappel salutaire : « La politique migratoire, ce n’est pas le terrain de jeu de Retailleau. Et encore moins un levier pour faire joujou avec l’Algérie. » Mais bon, qui écoute encore Mélenchon quand Retailleau joue au cow-boy diplomatique ? Conclusion signée Le Parisien : un responsable du gouvernement, probablement en train de mâcher un cachet d’aspirine, décrit la stratégie de Retailleau comme « catastrophique ». Mais après tout, quand on vise la présidence d’un parti, pourquoi ne pas saboter un peu la politique étrangère du pays ? On n’a rien sans rien.
Par Mohamed Tahar Aissani
