Tensions consulaires et rites du visa:
Une France à guichet fermé face à une Algérie en attente

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—

Il est des annonces administratives qui, derrière l’apparente neutralité des dates et des procédures, traduisent bien plus que ce qu’elles énoncent. Ainsi, la récente communication de Capago Algérie, nouveau gestionnaire officiel des demandes de visa pour la France, impose une lecture plus attentive que celle, passive, d’un simple changement de prestataire.

Car dans cette énième reconfiguration du dispositif consulaire, se jouent en filigrane les paradoxes d’une relation franco-algérienne pétrie d’histoire, d’attentes asymétriques et d’accès filtré à la mobilité. À compter du 8 avril 2025, Capago International, entreprise jusque-là familière dans d’autres pays africains, a repris le flambeau que portaient VFS Global et TLSContact, devenant ainsi le guichet unique pour les Algériens désireux de se rendre en France. Si ce changement a été opéré dans une certaine continuité — centres ouverts dans les grandes villes, créneaux horaires constants, système de rendez-vous en ligne —, il n’en reste pas moins révélateur d’une volonté française de rationaliser, voire de verrouiller, davantage l’accès aux visas. Prenons l’exemple, emblématique, de cette semaine dite « exceptionnelle » : du 20 au 24 avril 2025, les conjoints et ascendants de citoyens français — des liens familiaux pourtant reconnus et protégés par la législation internationale — ne pourront se présenter sans rendez-vous qu’un seul jour, le mercredi 23 avril, et ce entre 8h et 15h. Pour les autres jours, qu’importe l’urgence ou la distance : la porte restera fermée. Le message est clair. Dans cette logique de flux minutieusement contrôlés, même le retrait des passeports est encadré comme une cérémonie administrative : du dimanche au jeudi, entre 13h et 17h, sans date limite, mais avec un impératif de présentation du récépissé émis par VFS ou Capago. L’adresse ? Un bâtiment austère sur la route nationale 24, à l’entrée d’Alger. Un pèlerinage bureaucratique de plus. Mais au-delà des aspects techniques et des horaires rigides, la question centrale reste celle de l’invisibilité du jugement consulaire. Car Capago, faut-il le rappeler, « n’intervient en aucun cas dans la décision d’octroi ou de refus du visa ». Le prestataire se limite à collecter les données biométriques, à scanner les dossiers, et à transmettre, mécaniquement, les espoirs vers une machine administrative située à Paris ou Marseille. Le silence demeure donc le seul verdict immédiat : ni explication, ni justification. L’enjeu n’est pas ici de plaider pour une ouverture sans condition des frontières — un débat complexe à l’heure des crispations migratoires — mais d’interroger le déséquilibre fondamental d’un dispositif où l’Algérien est traité non comme un demandeur mais comme un suspect par défaut, un postulant à qui l’on oppose un mur d’opacité et de délais. La transition vers Capago aurait pu — aurait dû — être l’occasion d’une modernisation transparente, d’un accès humanisé au droit de voyager, surtout lorsqu’il s’agit de réunir des familles, de faciliter les échanges universitaires ou de faire vivre la coopération scientifique et artistique. Or, elle semble n’être qu’une étape de plus dans le durcissement méthodique de l’accès au territoire français. Les files d’attente virtuelles s’allongent, les récits d’humiliation se multiplient, et les exceptions deviennent la règle. Pendant ce temps, la France parle de « refonder le partenariat » avec l’Algérie. Mais un partenariat à sens unique, sans visa ni vision partagée, est-il encore un partenariat ? Dans ce climat, il ne reste que la lucidité des citoyens, la responsabilité des médias, et la mémoire collective des humiliations subies pour rappeler aux puissants que la dignité ne se mesure ni en rendez-vous obtenus, ni en cachets sur un passeport. Elle se proclame. Et parfois, elle se crie.

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