Algérie–France:
Un nouveau souffle commercial en pleine tempête diplomatique

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—Au moment où les relations entre Alger et Paris atteignent un niveau de crispation inédit depuis l’indépendance, un vent inattendu de pragmatisme vient souffler sur la Méditerranée.

En septembre prochain, la compagnie française Marfret inaugurera une nouvelle ligne maritime reliant Port-Vendres, au sud de la France, au port d’Alger. À raison d’une rotation hebdomadaire, ce couloir commercial vise à acheminer les fruits et légumes algériens vers la France et, au-delà, vers l’ensemble du marché européen. L’annonce, faite par la directrice générale de Marfret dans les colonnes du quotidien L’Indépendant, sonne comme un paradoxe délicieux : tandis que diplomates et chancelleries s’écharpent sur les dossiers les plus sensibles, le commerce, lui, trace son chemin, impassible, entre les rives froissées de la Méditerranée.

Un projet à la croisée des enjeux économiques et géopolitiques

L’ouverture de cette nouvelle liaison ne doit rien au hasard. Port-Vendres, niché à la frontière espagnole, offre une plateforme logistique stratégique, capable de capter un flux commercial vers le nord de l’Europe. « Ce projet diversifie nos activités et renforce l’attractivité de notre port », s’est félicitée la dirigeante de Marfret, soulignant l’intérêt croissant des opérateurs européens pour les produits agricoles algériens. Mais difficile d’ignorer le contexte brûlant dans lequel ce projet prend forme. Ces derniers mois, les différends se sont accumulés entre Paris et Alger : reconnaissance du plan marocain d’autonomie au Sahara occidental par des voix françaises influentes, expulsions de ressortissants algériens, arrestations de diplomates, échanges d’ultimatums… Autant de contentieux qui ont ravivé une mémoire historique jamais vraiment apaisée. Un rapport récent du journal L’Humanité évoque même « la pire crise bilatérale depuis 1962 », une appréciation qui, dans les couloirs feutrés des ministères, ne semble guère contestée. En toile de fond, la blessure encore vive de l’affaire Boualem Sansal, figure controversée instrumentalisée au gré des tensions, et les expulsions successives de diplomates qui ont creusé un fossé de méfiance entre les deux capitales.

Le commerce, dernier refuge du dialogue

Face à ce naufrage diplomatique, le pragmatisme économique reprend ses droits. Alger, portée par la diversification de son économie hors hydrocarbures, mise sur ses ressources agricoles pour renforcer sa souveraineté alimentaire tout en consolidant ses exportations. La France, elle, y voit une opportunité de maintenir un lien économique vital, à défaut d’une entente politique immédiate. Ce projet maritime peut ainsi être lu comme un geste silencieux, presque subversif : un refus, par les forces économiques, de se laisser entraîner dans la spirale des ressentiments officiels. C’est aussi le signe d’une réalité incontournable : entre la France et l’Algérie, tout divorce reste impossible tant l’interdépendance historique, humaine et économique est profonde. À Port-Vendres, les premières cargaisons de dattes, d’agrumes et de légumes du terroir algérien sont attendues avec espoir. Chaque palette déchargée sera une manière, modeste mais tangible, de rappeler que malgré les crises, les peuples continuent d’échanger, de commercer, et peut-être, de se comprendre.  Dans les cales de ces navires ne voyageront pas seulement des marchandises, mais aussi un message discret mais obstiné : celui d’un avenir à construire, loin des déchirures politiques, sur les eaux partagées de la Méditerranée.

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