Par Mohamed Tahar Aissani—/—Sous les façades vitrées des gratte-ciels de Dubaï, derrière les salons feutrés d’Abou Dhabi où s’achètent les illusions de paix et de modernité, se dissimule un monstre sans visage : une entité étatique qui a troqué le rôle de nation pour celui de contractant au service du chaos.
Loin d’un modèle de réussite, les Émirats arabes unis se dressent aujourd’hui comme l’un des piliers les plus zélés de la stratégie sioniste dans le monde arabe, instrumentalisant leur puissance financière pour semer la discorde, déchirer les peuples et dissoudre les souverainetés. Derrière l’apparente stabilité de leur régime, les Émirats s’imposent dans l’ombre comme des artisans du démantèlement régional. En Libye, ils ont transformé la rébellion en guerre interminable, finançant des milices, bombardant les civils depuis les airs, achetant les consciences et les silences. À chaque enfant mort dans les ruines de Tripoli ou de Benghazi, une trace de drone émirati. À chaque coup d’État en Afrique du Nord ou au Sahel, une signature pailletée d’or noir émirati. Au Soudan, la contre-révolution a trouvé en Abou Dhabi un allié naturel. C’est depuis ses ports et ses banques que le sang des manifestants coule, dilué dans l’or pillé, échangé contre le silence de la communauté internationale. Le peuple soudanais, en lutte pour sa dignité, n’a trouvé en face de lui que des généraux achetés et une capitale du Golfe trop heureuse de briser ce rêve naissant. Plus à l’est, en Somalie, le même scénario se répète : division, corruption, fragmentation. Les Émirats n’y investissent pas pour construire, mais pour casser, acheter les chefs tribaux, soutenir les sécessions, ouvrir des brèches là où la mémoire coloniale saigne encore. En Syrie, ils ont financé les forces centrifuges les plus dangereuses, appuyant les agendas séparatistes dans le silence complice de Tel Aviv. Et au Yémen, l’empreinte est plus lourde encore : partitions imposées, ports livrés à l’étranger, archipels occupés, identité dissoute. Et la Palestine ? Le pacte est désormais scellé. Les Émirats n’ont pas seulement normalisé avec l’occupant : ils ont banalisé l’occupation, sponsorisé l’enfermement de Ghaza, courtisé les bourreaux. La trahison ne se cache plus, elle se pavane. Aujourd’hui, le regard des stratèges émiratis se tourne vers l’Algérie — dernier rempart d’un monde arabe que l’on voudrait sans colonne vertébrale. On murmure à Abou Dhabi que l’Algérie pourrait tomber comme est tombé Khartoum, que le peuple des Aurès peut être divisé comme le fut celui du Yémen. Mais ceux qui croient cela ne connaissent ni la terre ni le sang d’Algérie. L’Algérie n’est pas une entité fragile. C’est une nation forgée par la souffrance, trempée dans le feu de la colonisation, soudée par les ossements de ses martyrs. Son peuple ne se monnaie pas, sa souveraineté ne se troque pas. Ce que la France, avec tout son arsenal, n’a pu vaincre, aucune monarchie de sable, sans racines ni légitimité historique, ne saurait l’abattre. Ce n’est pas seulement un affrontement diplomatique qui se dessine, mais un choc de civilisations internes. Car ce que portent les Émirats, ce n’est pas une vision de paix arabe, mais l’extension d’un projet colonial sous de nouveaux habits. Un projet qui rêve de mini-États soumis, de peuples désarmés, de frontières malléables, d’identités folklorisées. Un monde arabe vidé de sa substance, piloté à distance depuis Tel Aviv, exécuté par procuration depuis Abou Dhabi. Mais la résistance a des bastions. Et l’un des derniers est là, debout, entre Méditerranée et Sahara. L’Algérie ne se laissera pas encercler par les tentacules d’un nouveau sionisme maquillé en partenariat économique. Elle a traversé pire, elle a survécu à l’indicible, elle sait que la liberté ne s’offre pas : elle se mérite, elle se garde, elle se défend. À ceux qui planifient la discorde et croient que l’Algérie s’achète, rappelons l’échec de toutes les puissances coloniales. Aux émirats du désert, disons ceci : ici, la poussière ne recouvre pas la mémoire. Elle la grave.
