Mohamed-Seddik Benyahia:
Le diplomate tombé au nom de la paix

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—

Il y a 43 ans, un avion s’écrasait en pleine mission de médiation internationale. À son bord, un homme qui portait l’Algérie dans son cœur et la paix dans ses valises : Mohamed-Seddik Benyahia, figure tutélaire de notre diplomatie, artisan des accords d’Évian, et éternel étudiant engagé devenu l’un des hommes d’État les plus respectés du tiers-monde.

Né à Jijel en 1932, Benyahia n’a pas seulement grandi dans l’Algérie coloniale — il a grandi contre elle. Très tôt, il embrasse la voie du militantisme étudiant, devenant l’un des fondateurs de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), cette pépinière de cadres révolutionnaires qui allait irriguer la Révolution de Novembre. À une époque où les mots «indépendance» et «dignité» étaient traités comme des crimes, il s’est battu pour en faire une réalité politique. À 24 ans, il s’impose comme l’un des jeunes visages de la Résistance algérienne instruite, celle qui voulait non seulement libérer le pays, mais le reconstruire sur des bases intellectuelles et souveraines. Mais c’est dans les couloirs feutrés de la diplomatie que Mohamed-Seddik Benyahia va imprimer sa trace la plus indélébile. C’est lui qui, dans les négociations secrètes menant aux Accords d’Évian, a su traduire en langage diplomatique les aspirations d’un peuple enchaîné depuis plus d’un siècle. Face aux technocrates français, ce jeune Algérien, droit, calme, précis, a fait preuve d’une rigueur juridique et d’un sens politique qui forceront le respect. L’indépendance de l’Algérie s’est certes gagnée dans les maquis, mais elle s’est scellée dans les salons, et Benyahia en fut l’un des serruriers. Après l’indépendance, il ne choisit ni le confort ni la complaisance. Ministre de l’Enseignement supérieur, puis de l’Information, ensuite de la Justice, et enfin des Affaires étrangères, il est partout là où l’Algérie veut rayonner sans s’aligner, parler fort sans crier, défendre ses principes sans céder aux jeux d’influence. Sa carrière est un tissage subtil entre les idéaux du tiers-mondisme, les exigences de la diplomatie moderne et le refus obstiné de voir l’Algérie devenir un pion. C’est dans ce cadre qu’il accepte, en 1982, une mission délicate : tenter de rapprocher l’Irak et l’Iran, alors plongés dans une guerre fratricide. Il s’envole avec une délégation algérienne, armé non de menaces mais de propositions. Mais l’Histoire, parfois, est cruelle avec les artisans de la paix. Le 3 mai 1982, son avion est abattu au-dessus de la frontière iranienne. L’onde de choc est immense. L’Algérie perd un de ses meilleurs fils, le monde arabe un homme de ponts, et la paix un avocat de la raison. Aujourd’hui, en cette 43e commémoration, on ne se contente pas de rappeler la date. On ravive la mémoire. Celle d’un homme dont l’élégance verbale n’avait d’égale que la fermeté de conviction. Celle d’un diplomate qui n’a jamais été une simple courroie de transmission, mais un concepteur de solutions. Celle d’un Algérien debout, qui croyait que la grandeur ne se crie pas, elle se bâtit. À Skikda comme à Jijel, dans les institutions comme dans les cœurs, son souvenir ne s’efface pas. Il inspire. Il interroge. Et il oblige. Car à l’heure où le monde se replie, où les peuples doutent, et où les puissances dérapent, le legs de Benyahia est une boussole : servir sans se servir, parler pour construire, négocier sans trahir.

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