L’affront feutré de Paris:
Quand la France rompt le pacte et que l’Algérie redresse l’échine

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—Il est des gestes qui disent plus que mille discours. Et des silences qui, à force de perdurer, hurlent l’indifférence ou, pire encore, le mépris. La décision unilatérale de la France d’imposer de nouveau une obligation de visa aux détenteurs de passeports diplomatiques et de mission algériens, rompant ainsi l’accord bilatéral de 2013, ne relève pas d’un simple ajustement administratif. C’est un acte politique.

Un geste symbolique, lourd d’implications, qui jette un froid glacial sur les relations déjà fragilisées entre Alger et Paris. Face à cela, l’Algérie n’a pas tardé à sortir de sa réserve. Dans un communiqué d’une rare fermeté, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé une “violation claire” des engagements pris par la France, pointant un “manquement grave aux règles diplomatiques usuelles”. Plus grave encore : Alger souligne que la rupture de l’accord ne s’est accompagnée d’aucune notification officielle – un fait inédit entre deux États qui, malgré les blessures de l’Histoire, ont toujours prétendu à une relation d’État à État. Mais derrière la forme se cache une volonté plus sourde : celle d’une France en proie à ses propres démons identitaires, cherchant dans les gesticulations migratoires un exutoire aux crispations internes. Et comme souvent dans l’histoire, l’Algérie se retrouve prise dans ce théâtre hexagonal, servant de cible facile aux calculs électoralistes de certains cercles parisiens. Pourtant, les faits sont têtus. Contrairement aux accusations implicites de la partie française, c’est Paris – et Paris seul – qui a pris l’initiative de ce revirement. Le rappel historique le confirme : la France a proposé à plusieurs reprises, dès les années 80, d’exempter les passeports diplomatiques algériens de visa. L’Algérie, prudente, a longtemps refusé. Ce n’est qu’en 2007 qu’un premier accord a été signé, élargi en 2013 à l’initiative expresse de Paris. Or aujourd’hui, la même France agit comme si l’Algérie avait demandé un privilège indu. Quelle ironie. Ce retournement de situation prend des allures de rupture délibérée. Et c’est ici que se révèle toute la dimension géopolitique du moment. La France post-coloniale, oscillant entre nostalgie impériale et anxiété de déclin, peine à assumer une relation égalitaire avec une Algérie debout, jalouse de sa souveraineté. À l’inverse, Alger, consciente de son poids stratégique en Méditerranée, au Maghreb et en Afrique, n’entend plus tolérer les politiques de deux poids deux mesures. La réponse d’Alger est donc à la hauteur de l’affront : rappel du chargé d’affaires français à quatre reprises, dénonciation claire de l’illégalité de la décision, et surtout annonce d’un principe de réciprocité. Le message est limpide : toute entorse à l’accord entraînera une riposte équivalente. Finie l’époque des concessions unilatérales et des silences complices. L’État algérien entend faire respecter ses engagements comme ceux des autres. Ce bras de fer diplomatique est aussi un révélateur. Il montre que les vieilles alliances sont fragiles, que les postures de puissance masquent mal la désorientation stratégique d’une Europe en mal de boussole. Et il rappelle, enfin, que l’Algérie nouvelle, loin d’être un simple réacteur d’indignation, construit patiemment une diplomatie de principes, fondée sur le respect mutuel et la souveraineté pleine. Il est temps, pour les partenaires de l’Algérie, de comprendre que la donne a changé. Que les diktats d’hier ne sont plus acceptés. Que l’ère des privilèges tacites est révolue. Le retour à une diplomatie digne passe par la clarté des intentions, la transparence des actes et l’honneur des engagements.

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