Par Mohamed Tahar Aissani—/—
Alger, mai 2025 – Le ton est tombé, net et sans détour, au sommet de l’État : fini les effets d’annonce et le battage médiatique sans lendemain. Lors du Conseil des ministres tenu ce dimanche 18 mai, le Président Abdelmadjid Tebboune a ouvert les travaux en décochant une flèche directe vers un travers devenu trop visible à ses yeux : le “folklore médiatique”.
Une formule cinglante, symptomatique d’un agacement profond devant une gouvernance qui, parfois, préfère le vernis de la communication à l’épaisseur des actes. Ce rappel à l’ordre, venu du sommet, résonne comme une alerte : les caméras ne suffisent plus, il faut des résultats palpables, ressentis dans la vie des citoyens. Le Président invite à un retour au terrain, au réel, à la prise en charge rigoureuse des préoccupations sociales, en étroite coordination avec le Premier ministre. Un recentrage salutaire sur les fondamentaux de l’action publique. Parmi les mesures phares de ce Conseil figure une décision longtemps attendue par une frange marginalisée mais bouillonnante de la société : la régularisation des jeunes engagés dans l’importation de petite échelle. L’État leur tend enfin la main, promettant un cadre légal à leur activité informelle et l’octroi du statut d’“agents économiques”. Une reconnaissance officielle après des années de flou, de saisies arbitraires et de portiques douaniers infranchissables. Tebboune va plus loin en ordonnant la création d’une commission d’urgence pour établir une liste claire des produits importables, dans un cadre fiscal transparent. Un signal fort : l’économie de survie ne doit plus être criminalisée, mais encadrée et transformée en économie de contribution.
Le sucre algérien entre en résistance
Dans le secteur industriel, le Président salue les avancées locales dans la production sucrière, tout en esquissant un projet structurant : la création d’un Office national du sucre. Une institution appelée à organiser le marché, stabiliser l’offre et améliorer les relations de régulation avec la Banque centrale. La mesure semble anodine, mais elle s’inscrit dans une logique plus vaste de souveraineté alimentaire et de reconquête industrielle. Le Conseil ne s’est pas contenté de regard introspectif : il s’est projeté vers l’extérieur. Tebboune a insisté sur la consolidation des partenariats stratégiques. Avec la Slovénie, il est question d’intelligence artificielle, de pharmacie et d’un projet de ligne maritime directe. Avec le Sultanat d’Oman, le Président veut hâter la concrétisation de projets conjoints dans l’agriculture et l’industrie automobile, et activer la création d’une société algéro-omanaise de transport maritime. Ces dynamiques s’imbriquent dans une volonté de sortir des dépendances unilatérales et d’ouvrir l’économie algérienne à des partenariats équilibrés, choisis, souverains. Sur le volet législatif, le Président exige une version enrichie, allégée et surtout numérisée du projet de loi sur l’état civil. L’administration doit entrer dans l’ère du numérique sans perdre de vue la protection stricte des données personnelles. Quant à la loi encadrant l’exploitation touristique des plages, elle devra s’appuyer sur une coordination étroite entre les ministères du Tourisme et de l’Intérieur. L’été se prépare dans l’ordre, la propreté et la responsabilité. Enfin, Tebboune a réaffirmé l’engagement de l’Algérie à se conformer aux recommandations du GAFI, l’organisme international de lutte contre le blanchiment d’argent. Les avancées accomplies, saluées par des institutions étrangères, renforcent la crédibilité économique du pays et augurent d’un meilleur accès aux marchés internationaux. À l’issue de la séance, le Conseil des ministres a validé plusieurs nominations et fins de fonction à la tête d’administrations stratégiques. Mais au-delà des décrets et des discours, ce qui marque ce Conseil, c’est le retour du politique sur le devant de la scène. Un politique qui exige du concret, du visible, du mesurable. Et qui n’a plus de temps à perdre dans les envolées creuses des plateaux TV.
