De la République à la Réclusion:
L’autre face du pouvoir algérien

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—Ce mercredi, le rideau est tombé sur un nouvel épisode d’un feuilleton judiciaire qui, lentement mais sûrement, dévoile les coulisses délabrées de la République algérienne. Le pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’hamed a rendu ses verdicts : entre acquittements prudents et peines de prison allant jusqu’à huit ans, la justice a frappé au cœur des sphères ministérielles et médiatiques du pays.

Au centre de la tempête, un nom ressurgit du passé : Abdelkader Khomri, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, condamné à huit ans de prison ferme et à une amende d’un million de dinars. Une sentence lourde, presque symbolique, tant elle tranche avec le silence institutionnel qui a longtemps protégé les anciens dignitaires du régime Bouteflika. Évincé en mai 2015, Khomri rejoint aujourd’hui la longue cohorte des ex-ministres traduits en justice pour corruption, dilapidation de fonds publics et violation flagrante des lois sur les marchés. Ce n’est plus un simple procès, c’est un signal. Un message adressé à toute une génération de gestionnaires, de directeurs et de figures ministérielles qui ont confondu service public et chasse gardée. Car derrière le cas Khomri, ce sont des pans entiers de l’administration qui s’effondrent, mis à nu par des années de laxisme et de réseaux d’intérêts bien huilés. La justice ne s’est pas arrêtée là. Dans un autre,  Ahmed Bousnina, ancien directeur général, d’une institution étatique écope de deux ans de prison ferme et d’une amende de 500 000 dinars. Même sort pour l’ex-directeur de la publication, Lezhari Lebter, et l’ancien directeur financier, Mourad A. Et ce n’est qu’un début.

Un autre pan de l’affaire concerne l’Agence nationale de divertissement pour la jeunesse, structure censée redonner espoir et perspectives aux jeunes, mais devenue elle aussi, un outil de prédation. Mohamed Khemisti, ex-directeur général, a été condamné à cinq ans de prison ferme, suivi de près par un autre cadre, identifié par ses initiales F.M., qui écope de trois ans d’emprisonnement. Quant à l’ancienne directrice de la jeunesse au ministère, elle écope de quatre ans fermes. D’autres peines, oscillant entre dix-huit mois et cinq ans, ont été prononcées contre des entrepreneurs et employés impliqués, pendant que vingt prévenus ont été acquittés. La nomenclature des chefs d’accusation est édifiante : enrichissement personnel, octroi d’avantages induits, détournement de deniers publics, infractions aux règles de passation des marchés. Des charges qualifiées de «graves» par le parquet, qui avait requis jusqu’à dix ans de prison contre Khomri. Les faits remontent aux années 2014-2015 et sont documentés par des rapports de l’Inspection générale des finances. Ces derniers révèlent une gestion calamiteuse et des contrats douteux autour du projet de restructuration d’une institution publique.

Mais cette affaire n’est que la partie visible d’un iceberg que l’État tente aujourd’hui de sonder. En mars 2023 déjà, deux anciens directeurs, Jamal Kaouane et Amine Chekir, ont été incarcérés. Hamid Grine, ancien ministre de la Communication, est quant à lui toujours sous contrôle judiciaire. Dans la rue algérienne, ces verdicts n’étonnent plus. Mais ils interrogent. Jusqu’où ira la justice ? Jusqu’où pourra-t-elle aller sans heurter les murs invisibles de l’impunité protégée ? Ces procès, aussi salués soient-ils, ne suffisent pas à éteindre les soupçons : juger quelques figures visibles, est-ce réellement démanteler un système ou simplement offrir un apaisement de façade à une opinion publique assoiffée de justice? Un haut fonctionnaire, dans un rare élan de lucidité, confiait récemment : « Ce n’est pas la corruption qui est exceptionnelle en Algérie. C’est l’illusion qu’elle peut encore être punie. » Et c’est peut-être là que réside la vraie fracture : dans cette distance entre l’aspiration populaire à un État juste et l’archaïsme des rouages institutionnels, souvent plus enclins à se protéger qu’à se régénérer. Mais pour l’instant, les cellules se referment sur quelques têtes tombées. Et l’Algérie, elle, continue d’attendre que les véritables racines du mal soient, enfin, arrachées.

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