Israël bis-Le Maroc en uniforme sioniste:
Chronique d’une reddition militaire et morale

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Par Mohamed Tahar Aissani —/—La fuite d’un document classé «secret», émis par le Bureau de liaison marocain à Tel-Aviv le 20 juin 2025, révèle un fait aussi grave que limpide : des officiers marocains participaient à une formation militaire conjointe avec l’armée israélienne, dans la base de Meron, récemment bombardée par l’Iran.

Deux d’entre eux y ont trouvé la mort, un troisième a été grièvement blessé. Ce n’est plus un simple rapprochement diplomatique, mais une intégration opérationnelle assumée. Le Maroc ne normalise plus, il combat à leurs côtés. Ce document, envoyé au ministère des Affaires étrangères marocain, énonce froidement les faits : les capitaines Mehdi Janour et Jamal Idrissi sont décédés, l’officier Noureddine Tazi a été transporté d’urgence à l’hôpital militaire Rambam de Haïfa. Ces noms ne sont plus des symboles de souveraineté nationale : ils deviennent les témoins involontaires d’un virage historique. Le Maroc forme désormais ses soldats au sein de l’appareil sécuritaire de l’État hébreu, dans une base stratégique, en pleine zone de tension régionale. Jusqu’à présent, la diplomatie marocaine entretenait l’ambiguïté. L’ouverture du bureau de liaison à Tel-Aviv en 2021, les accords sécuritaires, les contrats technologiques, tout cela était présenté comme un pragmatisme nécessaire. Mais désormais, les masques sont tombés : les militaires marocains sont intégrés dans une structure qui ne se contente pas de former, mais qui opère, bombarde, surveille, colonise. Il ne s’agit plus de normalisation diplomatique. Il s’agit d’une fusion sécuritaire. La base militaire de Meron, visée par une frappe iranienne, n’est pas un simple centre d’entraînement. Elle est un nœud stratégique dans le dispositif israélien de contrôle du Liban, de la Syrie et de Gaza. La présence d’officiers marocains dans un tel lieu, au moment d’une opération de guerre, signifie que Rabat a franchi une ligne rouge que même ses alliés arabes les plus dociles évitent encore de franchir ouvertement. Ce n’est pas une erreur, ni un excès de zèle : c’est une stratégie pensée, planifiée, acceptée. Aucun passage du document ne questionne le bien-fondé d’un tel engagement. Il n’y a ni recul éthique, ni doute diplomatique. Seulement des condoléances officielles, des démarches administratives, et des assurances de coordination avec les autorités israéliennes pour le rapatriement des corps. Comme si tomber dans une base israélienne sous un tir iranien relevait d’un processus naturel. Comme si mourir dans une armée étrangère n’appelait plus aucun débat de souveraineté. Comme si l’indignation avait été, elle aussi, neutralisée. Ce document enterre en silence l’héritage d’une diplomatie maghrébine autrefois équilibrée, parfois même audacieuse. Il tourne le dos à l’engagement historique du Maroc envers la Palestine, à la mémoire partagée de l’oppression, à la conscience des peuples. Il n’est plus question ici de solidarité abstraite : il s’agit d’un ralliement tactique à un État qui viole chaque jour le droit international, colonise en toute impunité, et écrase sous ses bombes les derniers bastions de dignité d’un peuple occupé. À qui profite ce choix ? Certainement pas au peuple marocain, qui n’a jamais été consulté. Ce choix profite à ceux qui misent sur la militarisation des régimes arabes, sur leur docilité stratégique, sur leur oubli progressif de toute boussole morale. Et ce choix est d’autant plus tragique qu’il s’accompagne d’une langue de bois officielle où la « coopération sécuritaire » devient une novlangue pour désigner la subordination tactique. L’Algérie, qui suit ces évolutions avec une vigilance stratégique constante, ne peut ignorer les signaux. Ce qui se joue ici dépasse les clivages régionaux. Il s’agit d’un précédent, d’une mutation. La doctrine de non-alignement, jadis fièrement défendue par le Maghreb, est en train d’être dissoute dans une logique d’alignement militaire sans retour. Et cette logique ouvre la porte à d’autres compromissions, d’autres sacrifices, d’autres effacements. Mais les peuples, eux, n’oublient pas. Ils savent reconnaître l’odeur des trahisons, même lorsque celles-ci sont empaquetées dans des lettres diplomatiques. Ils savent que la mort d’un soldat marocain dans une base israélienne n’est pas une information neutre : c’est une blessure dans la conscience collective. Une cicatrice qui s’ouvre à chaque nouvelle frappe sur Rafah, Naplouse ou Jénine. Une fracture que ni les accords d’Abraham, ni les deals sécuritaires, ni les drones israéliens ne pourront effacer. La dignité des nations ne se négocie pas dans un centre d’entraînement militaire étranger. Elle se construit dans la fidélité à la mémoire, dans le respect des sacrifices, dans la défense des causes justes. Aujourd’hui, cette dignité vacille. Et si rien n’est fait pour la restaurer, elle finira par tomber avec les drapeaux qu’on aura trop courbés. Car lorsqu’un État accepte de voir mourir ses officiers pour une cause qui n’est pas la sienne, c’est qu’il a commencé à enterrer son âme. L’histoire, elle, s’en souviendra.

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