Fissures sociales et voix d’alerte:
L’appel de Nadir Larbaoui à une égalité réinventée dans le monde arabe

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—

Dans un monde arabe secoué par les turbulences politiques, les injustices économiques et les fractures sociales, une voix s’élève, lucide et sans fard. Celle du Premier ministre algérien, Nadir Larbaoui, qui, à l’ouverture du 4e Forum arabe pour l’égalité, tenu ce mardi à Alger, a lancé un appel vibrant : combler d’urgence la « fissure de l’inégalité » qui menace l’équilibre de nos sociétés.

Sous un ciel international assombri par les conflits, la précarité environnementale et le recul des valeurs humaines, le chef du gouvernement a livré un discours aux accents d’engagement moral et de réalisme politique. S’adressant aux décideurs, experts et représentants des sociétés civiles réunis sous le thème « Dialogue et solutions »,  Larbaoui a esquissé les contours d’un projet régional de justice sociale, ancré dans les principes universels du droit, mais aussi dans l’histoire particulière des peuples arabes. Le constat est implacable : les inégalités se creusent, les failles se multiplient, et les plus vulnérables – enfants, femmes, personnes âgées, chômeurs, réfugiés – sont les premières victimes d’un modèle de développement inégal et excluant. Larbaoui a appelé à un sursaut collectif, à une refondation des solidarités et à une résistance commune contre les logiques de domination, les injustices normalisées et les violations continues des droits fondamentaux.  Dans un passage particulièrement poignant, il a dénoncé avec fermeté l’ »agression barbare et continue » subie par le peuple palestinien, victime d’une guerre d’anéantissement doublée d’un silence international glaçant. « On ne peut prêcher la dignité humaine tout en tolérant sa négation», a-t-il martelé, invitant les pays arabes à sortir du mutisme diplomatique et à réinventer une diplomatie des peuples.

Un modèle algérien entre mémoire et innovation

Mais le discours de Larbaoui n’était pas qu’un réquisitoire. Il fut aussi une présentation structurée du modèle social algérien, tel qu’il s’est réformé au cours des dernières années. Un modèle qui puise sa légitimité dans le serment du 1er novembre 1954 et qui continue de s’ajuster aux défis contemporains, notamment par la numérisation, la solidarité active et la redistribution équitable. Quatre axes majeurs ont été mis en avant : La consécration du caractère social de l’État, qui se traduit par l’accès universel aux services publics essentiels – logement, énergie, santé – avec un accent mis sur les personnes en situation de handicap et les personnes âgées. Le logement social reste une priorité, comme levier de dignité et de cohésion ; L’élargissement de la couverture sociale sans exclusion, grâce à la généralisation de la prime de chômage pour les jeunes, l’extension du congé de maternité pour mieux protéger les femmes salariées, et l’accompagnement des familles productives dans une perspective de développement intégré ; La mise en œuvre effective du principe de solidarité intergénérationnelle et interclasses, par la mobilisation de fonds spécifiques et la mise en place de mécanismes mutualisés pour financer l’inclusion des plus défavorisés. Une justice sociale qui se veut proactive, systémique et non pas caritative et enfin la transition numérique de la protection sociale, considérée comme un levier de transparence, d’accessibilité et de rationalisation. Grâce à la plateforme numérique unifiée, les citoyens accèdent désormais plus facilement aux aides, sans discrimination ni lenteur administrative.

Une tribune pour l’action, pas pour les vœux pieux

Le forum, au-delà de son agenda officiel, s’est voulu un espace de diagnostic sans complaisance et de projection audacieuse. Il interroge la capacité réelle des pays arabes à sortir de l’ornière d’un sous-développement social chronique, à l’heure où les vulnérabilités sont exacerbées par les crises climatiques, les guerres de basse intensité et les inégalités héritées du passé. Larbaoui n’a pas esquivé les responsabilités internes. Il a reconnu que les politiques publiques doivent évoluer, que la croissance ne suffit pas sans redistribution, et que la paix sociale ne peut être durable sans justice redistributive. Mais il a aussi plaidé pour un multilatéralisme plus humain, plus inclusif, capable d’accompagner les efforts des pays du Sud. En refermant son discours, Larbaoui a cité implicitement le pacte des martyrs de la guerre de libération : « Il n’y a pas de souveraineté véritable sans justice sociale. Il n’y a pas d’avenir pour une nation qui oublie ses plus faibles. » Un rappel puissant que les inégalités ne sont pas une fatalité, mais un choix collectif – et que le temps presse pour en faire un autre. Le 4e Forum arabe pour l’égalité n’a pas seulement offert une tribune de paroles. Il a réaffirmé, dans une conjoncture historique fragile, qu’un autre monde arabe est possible : à condition de placer la dignité humaine au cœur de l’action publique, et non dans les marges des discours.

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