Par Kheireddine Boukhalfa—/—C’est une décision à forte portée symbolique et humaine. Le futur décret présidentiel qui permettra aux Algériens établis à l’étranger, y compris ceux en situation irrégulière, d’obtenir un passeport biométrique représente un tournant majeur dans la relation entre l’État et sa diaspora. En effet, annoncée récemment par le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, cette mesure répond à une revendication de longue date de milliers de citoyens qui, malgré leur statut administratif précaire dans leur pays d’accueil, n’en restent pas moins pleinement Algériens. La réponse du ministre à une question parlementaire du député Abdelouahab Yagoubi a eu l’effet d’un soulagement pour une partie souvent marginalisée de la communauté nationale à l’étranger. Jusqu’à présent, l’obtention d’un passeport était conditionnée par la régularité du séjour dans le pays d’accueil. Une règle qui excluait de facto toute une frange de la diaspora, notamment en Europe, en particulier en France, en Belgique ou en Espagne, où de nombreux ressortissants vivent sans titre de séjour pour diverses raisons. Or, dans de nombreux cas, le passeport algérien constitue la clé indispensable pour accéder à une procédure de régularisation. Sans ce document, aucune démarche n’est possible, plongeant les concernés dans un cercle vicieux : pas de passeport, donc pas de régularisation, et sans régularisation, pas de passeport. La nouvelle mesure vise donc à rompre ce cercle infernal. Le futur décret présidentiel introduira la possibilité d’obtenir un passeport biométrique même sans justificatif de séjour. Il s’agira d’un changement majeur, à la fois juridique et symbolique, qui consacre le droit inaliénable à l’identité et à la citoyenneté. L’annonce a d’ailleurs suscité une vague de réactions positives sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes ont salué une décision « humaine, logique et attendue depuis trop longtemps ». En pratique, cette avancée va profondément changer le quotidien de milliers d’Algériens à l’étranger. Elle facilitera les démarches de retour, qu’il soit temporaire ou définitif. Elle réduira également le nombre de cas dramatiques où des ressortissants, ne pouvant obtenir de passeport, restaient bloqués dans des situations d’impasse administrative, parfois même en cas de décès, rendant le rapatriement des dépouilles extrêmement compliqué. Certains se voyaient contraints de rentrer clandestinement, avec les risques que cela comporte. D’autres, sans document valide, étaient expulsés, subissant des procédures dégradantes. Pour rappel, la décision a été prise en mars 2024 par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, mais sa mise en œuvre a pris du temps. Quoi qu’il en soit, sa concrétisation imminente marque un geste fort envers une frange souvent invisible de la communauté nationale. Elle s’inscrit également dans une logique plus large de réaffirmation des droits des Algériens de l’étranger, quels que soient leur parcours ou leur situation administrative. En somme, cette réforme redonne à des milliers de nos compatriotes une dignité, une identité, et surtout une perspective. Celle de pouvoir exister aux yeux de leur pays, même lorsqu’ils sont en difficulté ailleurs.
