Quand l’Université pactise avec l’occupant:
Chronique d’une trahison académique à Rabat

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Mohamed Tahar Aissani—/—C’est une bombe à fragmentation morale qui vient d’éclater dans les cercles universitaires marocains. Une annonce anodine en surface – la participation d’une « délégation académique israélienne » au Cinquième Forum Mondial de Sociologie, prévu en juillet à l’Université Mohammed V de Rabat – a suffi à réveiller la colère sourde d’une société que les artifices de la normalisation n’ont jamais totalement anesthésiée.

Car ici, il ne s’agit pas d’un simple colloque, ni d’un banal échange universitaire : il s’agit d’un acte politique déguisé en dialogue académique, d’un pas de plus dans la longue marche de la banalisation du crime. La participation annoncée de représentants d’universités israéliennes – dont certaines directement impliquées dans le développement des stratégies militaires de répression en Palestine – n’est pas un détail administratif. C’est un signal, une provocation, une gifle. Une trahison intellectuelle maquillée en ouverture scientifique. Pour des dizaines de collectifs étudiants, de syndicats enseignants et d’associations engagées, cette initiative constitue rien de moins qu’un acte de collaboration symbolique avec l’oppresseur. « C’est une tentative délibérée de blanchiment académique des crimes de guerre de l’occupant », dénonce sans détour l’Initiative Étudiante pour la Justice Nationale et les Causes de l’Oumma. Et d’ajouter : « C’est une tentative de sionisation de notre espace intellectuel, une opération de normalisation qui ne dit pas son nom, et qui sape les fondements moraux de toute pensée libre. »

La conscience trahie par les élites

Le plus grave, peut-être, n’est pas l’événement lui-même, mais le silence – ou pire, la complicité – des institutions chargées de préserver l’éthique académique. L’Université Mohammed V, lieu de savoir et de transmission, devient malgré elle – ou par dessein – la scène d’un théâtre cynique où se joue l’intégration progressive de l’apartheid israélien dans les réseaux internationaux de recherche. Une forme raffinée de colonisation des consciences. Pour de nombreux observateurs, cette ouverture précipitée à des institutions « complices du sang palestinien » est d’autant plus choquante qu’elle intervient dans un contexte de violences renouvelées à Gaza, où les hôpitaux croulent sous les bombes, et les enfants sous les décombres. L’organisation Étudiants pour la Palestine ne mâche pas ses mots : « Il ne s’agit pas de science, mais de diplomatie de façade. De maquillage universitaire. De coopération sur les cadavres. C’est une trahison manifeste de l’histoire marocaine de solidarité avec la Palestine. » Le ton est donné. Dans un pays où l’opinion publique a longtemps constitué un rempart moral contre la spirale du rapprochement avec Tel-Aviv, ce type d’événement vient briser les digues et semer le doute sur les limites de la compromission.

Retraits en cascade et boycott en gestation

La réponse n’a pas tardé. Plusieurs enseignants chercheurs, notamment en sociologie critique, ont annoncé leur retrait du forum. Un acte de résistance salué comme une « bouffée d’honneur » par l’association ATTAC Maroc, qui voit dans cet épisode le symptôme d’un glissement plus large vers une coopération militaro-sécuritaire, masquée sous les oripeaux de la science. Le mot d’ordre qui circule désormais dans les amphithéâtres, sur les réseaux sociaux et au sein des milieux militants est limpide : boycott. Boycott du forum, boycott des intervenants, boycott de toute tentative d’aseptisation du débat. Des appels à la mobilisation sont lancés pour juillet. Des tracts circulent. Des lettres ouvertes sont adressées au rectorat. Le feu couve.

Ce que Rabat cache, le peuple ne pardonne pas

Dans cette affaire, il ne s’agit pas seulement d’un forum universitaire. Il s’agit d’un point de bascule. Une fracture entre un peuple et ses élites, entre une opinion viscéralement attachée à la cause palestinienne, et des institutions prêtes à sacrifier la mémoire pour une poignée de partenariats stratégiques. Ce que les gouvernements maquillent en « ouverture », les peuples l’interprètent comme un effondrement éthique. Derrière les formules policées de la coopération académique, c’est une guerre symbolique qui se joue. Une guerre pour la vérité. Une guerre contre l’oubli. Et à Rabat, l’université – censée être la gardienne du savoir et de l’humanisme – est aujourd’hui accusée de trahir ses propres fondements. Le peuple marocain, dans sa grande majorité, n’a jamais cessé de faire entendre son refus de toute forme de normalisation avec un État qui pratique l’apartheid et viole chaque jour les droits humains les plus fondamentaux. Et ce peuple n’oublie pas. L’université, elle, a-t-elle choisi d’oublier ? Ou pire, de se vendre ?

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