Par Mohamed Tahar Aissani—/—Il suffit parfois d’une phrase bien placée pour faire trembler les murs d’une vieille hypocrisie. Mardi 8 juillet 2025, dans l’hémicycle du Parlement européen, la députée française d’origine palestinienne, Rima Hassan, a brisé un tabou. Un silence épais, hérité de décennies de déni postcolonial.
Son message était clair, sans ambages, presque solennel : «L’Algérie n’est pas une colonie». Non, elle ne l’est plus. Et elle ne l’a jamais été au sens où certains nostalgiques s’acharnent à la figer dans les marges de l’histoire. Ce rappel salutaire, qui résonne aujourd’hui comme une claque adressée aux héritiers symboliques de l’idéologie coloniale, a mis à nu une réalité souvent éludée dans les cénacles européens: le refus obstiné de tourner la page, chez certains responsables politiques et médiatiques français. Hassan, debout, digne, s’est adressée directement à «ceux qui se reconnaîtront», les «descendants de colons» qui hantent encore les institutions, traînant dans leur sillage les relents d’une époque révolue. Mais ce n’était pas une simple déclaration de principe. C’était un cri du cœur. Une adresse vibrante à la conscience européenne. Une tentative, peut-être désespérée, d’appeler à une reconfiguration des rapports euro-africains, de passer d’une posture condescendante à un partenariat fondé sur le respect et la mémoire. « Malgré 132 années d’occupation et une décennie noire, l’Algérie est restée debout grâce à la force de son peuple », a-t-elle martelé. Ces mots ne sont pas que des constats historiques. Ils sont une déclaration d’identité, une profession de foi envers un peuple résilient, dont la souffrance n’a pas été vaine. Ce peuple, souvent caricaturé, réduit à l’exil, à l’errance ou à l’émeute, continue de tenir sa dignité comme un étendard. La députée a appelé la France, et plus largement l’Europe, à revoir sa copie. À cesser de dicter, de sermonner, de mépriser. À reconnaître, enfin, que l’Algérie, tout comme l’Afrique, n’est pas une périphérie dépendante, mais un partenaire historique. Car les peuples sont liés. Par le sang, les guerres, les souvenirs. Par la blessure aussi.
La réponse algérienne : souveraine, ferme, sans appel
Du côté d’Alger, la réaction n’a pas tardé. L’Algérie, par la voix de ses institutions, a réaffirmé son refus catégorique de recevoir la moindre leçon. « Le temps du colonialisme est révolu. Nous ne nous agenouillerons pas devant un passé que certains veulent ressusciter pour nourrir leur rancune », a tonné l’Agence officielle. À travers ces mots, c’est une nation qui parle, avec ses cicatrices mais aussi sa lucidité. Le message est limpide : l’Algérie n’est ni un jouet diplomatique, ni une variable d’ajustement des humeurs hexagonales. Ce regain de tension diplomatique s’inscrit dans un contexte particulier : celui de l’emprisonnement prolongé de Boualem Sansal, écrivain controversé, que certaines voix, en France, présentent comme une victime d’un régime autoritaire. L’Algérie, elle, voit dans cette affaire un prétexte. Une tentative de diversion, d’agitation médiatique destinée à masquer les fractures internes françaises : violences policières, crise identitaire, échec patent des politiques d’intégration.
Quand la nostalgie devient toxique
La presse algérienne s’est également indignée des déclarations incendiaires du chroniqueur Pascal Bruckner sur la chaîne Figaro TV. Qualifiant les Algériens de manière insultante, allant jusqu’à appeler au « kidnapping de diplomates algériens », ses propos ont été décrits comme un écho maladif à la rhétorique de l’OAS et de l’Algérie française. Cette résurgence du fantasme colonial n’est pas anodine. Elle révèle un mal plus profond : l’incapacité de certains à accepter l’histoire dans sa brutalité, à faire le deuil d’un empire disparu. Mais l’Algérie d’aujourd’hui n’a plus rien à prouver. Elle avance, parfois dans la douleur, souvent à contre-courant, mais toujours debout. Elle construit ses alliances, accélère ses partenariats industriels, affirme sa voix dans les enceintes internationales. Le temps des injonctions est terminé. Et celui des relations fraternelles reste à écrire – si tant est que l’Europe en ait encore la volonté. Rima Hassan, en rappelant cela depuis le cœur même de l’Union européenne, n’a pas seulement pris la parole. Elle a ouvert une brèche. À nous de faire en sorte qu’elle ne se referme pas.
