Par Mohamed Tahar Aissani—/—C’est un Président serein, offensif et habité d’une vision claire qui s’est exprimé vendredi soir devant les caméras du pays. Abdelmadjid Tebboune, dans son rendez-vous désormais régulier avec la presse nationale, n’a pas livré un simple bilan : il a esquissé les contours d’un avenir qui s’écrit à la pelle mécanique, au cœur des terres arides, et à la goutte précieuse, dans les rivages salés. L’eau et le grain, voilà les nouveaux noms de la bataille pour la souveraineté.
« Je ne laisserai aucun Algérien souffrir de la soif », a lancé le chef de l’État, avec une gravité teintée de promesse. Derrière cette déclaration, un plan concret : la création de six nouvelles stations de dessalement de l’eau de mer. Leur localisation exacte sera décidée lors du prochain Conseil des ministres, mais le cap est donné : assurer durablement l’accès à l’eau potable pour tous. Ce ne sont plus là des paroles mais des digues contre l’angoisse hydrique qui plane sur toute l’Afrique du Nord. Le chef de l’État ne cache pas la réalité du danger : « Le changement climatique frappe à notre porte, et il n’épargne pas le Maghreb. » Pour lui, la gestion de l’eau n’est plus une simple compétence technique, mais une priorité géostratégique. L’Algérie, souvent regardée par ses voisins comme riche de ses nappes souterraines, ne veut plus dépendre des caprices du ciel. Elle veut produire son eau, comme elle produit son destin.
Une économie qui germe dans la terre nationale
Mais ce plan pour l’eau n’est que le premier pan d’un édifice plus vaste. Le deuxième volet de cette vision s’attaque à un autre point névralgique : la sécurité alimentaire. Le Président a annoncé le lancement d’un projet national de grande ampleur destiné à porter les capacités de stockage de céréales à 9 millions de tonnes. Une avancée majeure pour un pays longtemps vulnérable aux aléas des marchés internationaux et aux manœuvres spéculatives sur les denrées de base. Ce n’est pas uniquement une question de logistique ou de silos, c’est une affaire de souveraineté. L’Algérie veut pouvoir nourrir ses enfants sans tendre la main, ni aux multinationales, ni aux fluctuations géopolitiques. En ces temps incertains où les guerres ne se mènent plus seulement avec des armes mais aussi avec des blés, la constitution d’une réserve stratégique devient un acte de résistance. Sur le front de l’investissement, le discours du Président est tout aussi volontariste. « Nous avons atteint 85 % des objectifs tracés », affirme-t-il, chiffres à l’appui. Des milliers de projets sont déjà sortis de terre, portés par des entrepreneurs qu’il n’hésite pas à saluer, pour leur intégrité et leur engagement. « Je remercie les hommes d’affaires honnêtes », martèle-t-il, comme pour distinguer les bâtisseurs d’aujourd’hui des prédateurs d’hier. Le cap est fixé : 13 000 projets à l’horizon, une ambition que l’État soutient en levant les freins structurels, notamment ceux liés au foncier économique. Les verrous sautent, les chantiers s’ouvrent, et c’est tout un pays qui se remet à croire en sa capacité de créer, d’innover, d’exporter. Le ton du Président est à la fois alarmé et confiant. Oui, la région traverse une phase climatique critique. Oui, l’Algérie a connu, ces derniers mois, des tensions hydriques. Mais non, il n’est pas question de céder à la fatalité. Ce qu’il propose, c’est un modèle qui rompt avec la dépendance, avec l’attentisme et les bricolages de dernière minute. En plaçant l’eau et les céréales au cœur de son discours, Abdelmadjid Tebboune ne fait pas que parler de projets d’infrastructure. Il touche à l’essentiel. Il dessine une Algérie qui regarde l’avenir avec lucidité, mais aussi avec fierté. Une Algérie qui ne veut plus quémander son pain ni mendier son eau, mais qui bâtit, creuse, stocke, anticipe. Dans ce pays si souvent trahi par les mirages et les slogans creux, il faudra du concret, des résultats visibles, et une mobilisation collective pour transformer ces annonces en réalités palpables. Mais une chose est certaine : le signal est donné. Et il ne s’agit plus de gérer l’urgence. Il s’agit de penser l’après.
