Par Mohamed Tahar Aissani—/—Le conflit autour de la valise diplomatique algérienne dans les aéroports français n’est pas un simple accroc protocolaire. C’est un geste politique lourd, un signal envoyé en pleine lumière par Paris, et qui, pour Alger, dépasse de loin la question des accès sécurisés. Derrière l’apparente technicité de la mesure, il y a une remise en cause frontale de la souveraineté et du droit international. Ce qui choque Alger, au-delà de l’atteinte juridique, c’est le caractèrediscriminatoiredu dispositif. Aucune autre mission diplomatique n’est visée. La mesure, dans son application, transforme la relation bilatérale en terrain de contrôle unilatéral, où l’accès à un simple document devient un rapport de force. La suppression des cartes d’accès permanentes pour les consulats algériens sur tout le territoire français paralyse partiellement le travail consulaire, obligeant chaque déplacement à se plier à des procédures lourdes et intrusives. L’imposition d’une escorte sécuritaire, perçue comme une mise sous surveillance, ajoute une dimension symbolique humiliante. Quant au préavis de 48 heures, il agit comme une entrave opérationnelle directe, contraire à l’esprit même de la diplomatie, où la réactivité est parfois essentielle. La réponse algérienne ne souffre d’aucune ambiguïté : rejet total. Le ministère des Affaires étrangères exige le rétablissement immédiat des accès permanents, et lie toute levée des mesures de réciprocité sur le sol algérien au retour intégral à la situation antérieure. Alger invoque ici le principe de réciprocité qui régit les relations diplomatiques : tout geste de restriction appelle une réponse équivalente. Mais au-delà de cette mécanique, c’est un avertissement politique : toucher à la valise diplomatique, c’est toucher à l’État. Dans le langage diplomatique, la valise n’est pas un simple contenant. C’est une extension matérielle de la souveraineté nationale, inviolable et protégée par les lois internationales. Restreindre son accès, c’est fissurer l’un des piliers invisibles sur lesquels reposent les relations pacifiques entre États. Ce que Paris présente comme un « ajustement » se lit, côté algérien, comme un test. Un test de résistance, un signal politique envoyé à un partenaire que l’on met à l’épreuve. Mais l’histoire récente montre qu’Alger ne cède pas sur ce terrain : la souveraineté n’est pas négociable, encore moins sous escorte étrangère. Derrière ce bras de fer protocolaire, il y a une question simple mais fondamentale — la France veut-elle vraiment rouvrir un front symbolique avec l’Algérie sur l’un des terrains les plus sensibles de la diplomatie, celui où chaque geste, même minuscule, peut devenir un précédent ?
