Maroc:
Un régime de prédation mis à nu devant l’Afrique syndicale

0
24

Par Mohamed Tahar Aissani—/—À Dar es-Salaam, capitale de la mémoire panafricaine et du combat syndical, un cri de vérité a traversé les murs de la 46e session du Conseil général de l’unité syndicale africaine : le Maroc est accusé, à la face du continent, de piller les richesses d’un peuple qui n’a jamais cessé de réclamer sa liberté, celui du Sahara occidental.

Ce cri n’est pas une formule diplomatique, mais la voix rauque d’un syndicaliste aguerri : Naffai Ahmed Mohamed, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs sahraouis. Du haut de la tribune, il n’a pas mâché ses mots : les multinationales qui exploitent le phosphate, le poisson, ou désormais l’énergie solaire et éolienne sur un territoire occupé illégalement, doivent être poursuivies, démasquées et ramenées devant leurs propres opinions publiques. «Elles agissent en dehors du droit international», a-t-il martelé, rappelant que les jugements européens eux-mêmes invalident tout contrat conclu sans le consentement explicite du peuple sahraoui. Car derrière les façades vitrées des projets dits de “développement”, c’est une autre réalité qui se cache : celle d’ouvriers précarisés, sans garanties sociales, utilisés comme main-d’œuvre bon marché par un régime d’occupation qui couvre sa prédation du manteau de la croissance verte. Les éoliennes géantes plantées dans le sable sahraoui deviennent ainsi, non pas des symboles d’avenir, mais les mâts d’un navire colonial dérivant dans le mépris du droit des peuples. Naffai n’a pas oublié les prisonniers politiques, ces visages enterrés derrière les barreaux marocains. Les militants d’Aghdim Izik, condamnés à la perpétuité lors de procès qualifiés d’« iniques et arbitraires », incarnent la brutalité d’un pouvoir qui criminalise toute revendication légitime. Leur destin est un rappel cruel : on ne spolie pas un peuple sans emprisonner aussi ses consciences.

Quand le Nord ferme les yeux

Cette dénonciation a trouvé un écho inattendu jusque dans les capitales européennes. La juriste norvégienne Tone Skjafonmo a mis en garde contre l’utilisation cynique des slogans « développement durable » et « économie verte » pour justifier l’occupation. Ses mots résonnent comme un acte d’accusation : construire des centrales solaires au Sahara occidental sans l’accord des Sahraouis n’est pas une innovation écologique, c’est un viol de souveraineté. Un reportage diffusé récemment sur une chaîne publique française illustre ce déni : vantant la “formidable croissance économique” de la région sous contrôle marocain, il a déclenché une salve d’indignation. Le Centre d’analyse pour le Sahara occidental a fustigé une propagande qui bafoue à la fois le droit international et les engagements européens. La complaisance médiatique, ici, devient complice de l’occupation. Au-delà des mots et des condamnations, la session syndicale de Dar es-Salaam a accouché d’une recommandation lourde de sens : mettre fin à la dernière colonie du continent. Près de soixante ans après les indépendances africaines, le Sahara occidental demeure une plaie ouverte, un territoire où l’ONU n’a pas achevé sa mission de décolonisation. L’appel à « mettre en œuvre le plan de règlement afro-onusien » n’est pas seulement un vœu pieux, mais un ultimatum moral : l’Afrique ne peut célébrer son unité tant qu’un peuple entier demeure enchaîné. Car ce qui est en cause n’est pas un simple différend territorial, mais un système de prédation enraciné. Le Maroc occupe, exploite, emprisonne et s’achète des silences, quand il ne les fabrique pas. Il maquille le pillage en modernisation, transforme les chaînes des détenus en statistiques sécuritaires, et travestit l’accaparement en partenariat international.Mais face à ce dispositif, une alliance inattendue se renforce : celle des syndicats africains, des ONG européennes, et des voix libres du Nord qui refusent d’être complices. À Dar es-Salaam, ce front a pris forme, mettant à nu la vérité : l’occupation marocaine n’est pas seulement une injustice politique, c’est un crime économique, une machine de spoliation huilée par l’impunité. Et tant que ce crime durera, l’Afrique ne pourra parler d’unité sans bégayer. Le Sahara occidental, dernière colonie du continent, restera le miroir brisé où se reflètent les compromissions des États et la dignité inentamée d’un peuple qui attend son aube.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici