Par Kheireddine Boukhalfa—/—Lancée le 4 septembre à Alger, la 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025) s’affirme comme un tournant stratégique pour l’Algérie. Plus qu’un simple salon économique, cet événement continental, qui réunit plus de 175 participants issus des sphères économiques et politiques africaines, marque une volonté claire : positionner l’Algérie comme un acteur incontournable du commerce intra-africain, loin de sa traditionnelle dépendance aux hydrocarbures. En effet, l’ouverture du bal a été assurée par El Sewedy Electric Algérie, qui a signé un contrat de 100 millions de dollars avec la société ivoirienne SOGELUX, pour la fourniture de câbles électriques sur une durée de cinq ans. Ce partenariat, qui couvrira 30 % des besoins du marché ivoirien, représente une première percée significative de l’Algérie dans le domaine des équipements électriques à l’échelle continentale. « Ce partenariat est une fierté nationale et une preuve de la qualité de la production Made in Algeria », a déclaré Mostafa Awad, directeur d’El Sewedy Electric Algérie. Cette opération intervient alors que l’entreprise prévoit l’extension de son usine d’Aïn Defla, dont la capacité actuelle s’élève à 32.500 tonnes par an. Elle ambitionne également de lancer, en partenariat avec Sonelgaz, une coentreprise dédiée à la construction de centrales électriques en Afrique et au Moyen-Orient. Un projet structurant qui inclut la fabrication, la commercialisation d’équipements électriques et les travaux d’ingénierie. Autre temps fort de cette édition, l’entreprise Industrie Algérienne de Téléphonie (INATEL) a conclu un accord de 300 millions de dollars avec la société nigériane MorefunElectronicTechnology. Le contrat, signé le dimanche 7 septembre, prévoit l’exportation de deux millions de terminaux de paiement électronique (TPE). Présent lors de la signature, le ministre des Postes et des Télécommunications, Sid Ali Zerouki, a salué une démarche qui « contribue à mettre en avant les produits algériens au niveau africain, notamment dans le domaine des industries électroniques », et à offrir « davantage d’opportunités aux acteurs algériens » pour s’imposer sur les marchés africains. Toujours dans la dynamique de l’IATF, le groupe industriel GISB ELECTRIC, spécialisé dans la fabrication d’équipements électriques, a signé un accord majeur, également avec SOGELUX, pour un montant total de 480 millions de dollars. Cet accord, soutenu par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), prévoit :300 millions de dollars d’exportation d’équipements électriques vers le Sénégal et la Côte d’Ivoire, avec un accès aux marchés de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) sur une période de trois ans ;180 millions de dollars d’investissements industriels dans ces deux pays, dans le secteur de l’industrie électrique. Un signal fort envoyé par l’Algérie, qui confirme son ambition de s’ancrer durablement dans le tissu industriel et commercial africain. Ces premiers jours de la foire confirment la dynamique souhaitée par les autorités algériennes : glaner jusqu’à 9 milliards de dollars de contrats commerciaux. Les signatures enregistrées ne sont que les premiers jalons d’un plan plus vaste qui vise à créer des ponts solides entre l’Algérie et ses partenaires africains.En misant sur des secteurs stratégiques — électricité, électronique, télécommunications —, l’Algérie affiche sa volonté de diversifier ses exportations hors hydrocarbures et de repositionner son économie dans la sphère africaine. Depuis plusieurs années, Alger oriente progressivement sa diplomatie économique vers l’Afrique. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre aujourd’hui un cadre propice à l’éclosion de cette stratégie. La Foire commerciale intra-africaine, organisée sous l’égide de l’Union africaine, de l’Afreximbank et de plusieurs partenaires institutionnels, représente une occasion unique de capitaliser sur ces opportunités. L’IATF 2025 à Alger n’est pas seulement une vitrine pour les produits algériens, c’est une rampe de lancement vers un repositionnement continental. À travers les premiers contrats signés et les ambitions affichées, l’Algérie envoie un message clair : le « Made in Algeria » a vocation à s’imposer dans le commerce intra-africain, à renforcer la coopération sud-sud et à construire une nouvelle économie tournée vers l’avenir.
