Par Mohamed Tahar Aissani—/—Dans un monde où les cieux ne sont plus seulement espaces de liberté mais terrains de domination et de menaces, l’Algérie surgit comme une exception, une forteresse qui refuse l’assujettissement. Alors que la plupart des armées arabes se retrouvent pieds et poings liés à des équipements occidentaux verrouillés, Washington découvre, à contrecœur, que le ciel algérien demeure imprenable. Un rapport de la revue américaine Military Watch, spécialisée dans les affaires stratégiques, vient de le confirmer : l’Algérie est la seule nation arabe capable de tenir tête à une agression israélienne ou même occidentale. Ce constat n’est pas un hasard, mais l’aboutissement d’une stratégie mûrie depuis le début du siècle, nourrie par la mémoire des guerres et par l’effondrement tragique de la Libye sous les bombes de l’OTAN. L’armée de l’air algérienne s’est hissée à un rang qui dérange les équilibres régionaux. Son arsenal ne se limite pas aux avions de chasse flambant neufs ni aux batteries de missiles dernier cri : il traduit une volonté politique d’indépendance, rare dans un monde arabe où la plupart des décisions militaires restent sous tutelle étrangère. À Alger, on ne quémande pas des licences d’utilisation codées, on bâtit une souveraineté. S-300, S-400 russes, HQ-9 chinois, escadrons de Su-30 et de Su-35, radars et systèmes Buk-M2 : l’inventaire impressionne autant qu’il inquiète. Les manœuvres « Ṣumūd 2025 », organisées en mai dernier dans le Sud, ont mis en lumière la profondeur de ce dispositif : tirs réels, démonstration de puissance, message clair. Le ciel algérien n’est pas un couloir ouvert, mais un sanctuaire défendu. Le colonel Akrame Khiref le rappelait : l’Algérie ne protège pas seulement ses frontières, elle affirme une capacité de projection et de dissuasion qui s’inscrit dans la géopolitique régionale. Cette montée en puissance s’accompagne d’acquisitions emblématiques : en mars, Alger recevait son premier Su-35, devenant ainsi le troisième opérateur mondial de cette machine classée « génération ++4 », rivale assumée des F-15 américains et même des furtifs F-35. Les stratèges occidentaux, embarrassés, y voient une décision tactique dictée par le retard du Su-57, mais pour Alger, c’est avant tout un choix souverain. La singularité algérienne tient aussi à son refus des dépendances techniques. Quand les voisins se contentent de versions dégradées de F-16 bridés par des codes de verrouillage américains, Alger forge un modèle hybride russo-chinois, où l’indépendance technologique prime sur la docilité diplomatique. Et ce choix, plus que les missiles eux-mêmes, constitue l’arme stratégique de l’Algérie : une liberté de décision militaire que peu de nations de la région peuvent revendiquer. Le classement 2024 de Global Firepower a d’ailleurs inscrit cette réalité : l’Algérie occupe la cinquième place au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, et la douzième mondiale avec plus de 600 avions de combat. Mais derrière les chiffres, c’est l’esprit qui compte. Un esprit forgé par l’histoire, par l’obsession de ne jamais revivre la soumission, par la conviction que la maîtrise du ciel conditionne celle du destin. Dans ce miroir tendu par le rapport américain, l’Algérie se découvre telle qu’elle est devenue : non pas une puissance arrogante mais une nation vigilante, consciente que sa sécurité ne dépend pas de garanties étrangères mais de sa propre capacité à défendre son espace vital. Le message adressé à Tel-Aviv comme à l’OTAN est limpide : ici, le ciel n’est pas à vendre.
