Sécurité, eau et trains à l’heure:
Quand l’État somme ses services de revenir au concret

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Flag of Algeria. Illustration of the Algerian flag waving.

Par Mohamed Tahar Aissani—/—Le décor est posé au cœur de la machine gouvernementale : un « réunion d’encadrement » conduite, ce matin, par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud. Mais derrière la liturgie administrative, une exigence claire affleure : replacer le citoyen au centre, et sommer les services publics de redresser la barre, vite, et durablement.

La tonalité est donnée d’entrée : les priorités s’adossent aux orientations du Président de la République — écoute immédiate des préoccupations quotidiennes, soutien à la dynamique économique, accélération des exportations. Le reste, c’est une feuille de route dense, parfois martiale, qui dit autant l’ambition que l’aveu de nos angles morts. D’abord, la proximité. Le ministre intime aux walis et à leurs équipes de sortir des bureaux et d’aller voir, sur le terrain, comment fonctionnent — ou dysfonctionnent — les équipements qui façonnent la vie ordinaire : polycliniques, écoles, réseaux d’alimentation, au premier rang desquels l’eau. Sur ce bien vital, la consigne est sans détour : service garanti, rigueur maximale, et, surtout, transparence. Si une perturbation se profile, le citoyen doit être alerté en amont, par tous les canaux. C’est une évidence démocratique, devenue rare dans les pratiques : dire la vérité sur l’état du service plutôt que gérer le mécontentement a posteriori. Dans cette vigilance, une focale assumée : le Sud. On y demande des mesures adaptées aux réalités de terrain, une approche anticipative, et une accélération des chantiers routiers. Le message, sous-jacent, est limpide : l’égalité d’accès aux services ne se décrète pas, elle s’organise — en planifiant les approvisionnements, en évitant les ruptures, en aménageant des itinéraires alternatifs pendant les travaux. Là encore, l’exigence n’est pas théorique : il s’agit de rendre la circulation fluide pendant les chantiers, au lieu d’infliger aux usagers une pénitence dont on se contenterait d’imputer la cause au « progrès ». Vient ensuite la sève d’un État qui rassure : la sainte triade sécurité–tranquillité–légalité. La « skina » n’est pas un slogan ; c’est un droit. Le ministre l’énonce comme priorité cardinale. Constat : les forces de sécurité affrontent efficacement les violences sociales, mais l’exécutif veut densifier la présence policière autour des établissements scolaires et universitaires, sanctionner sans faiblesse toute atteinte à la sécurité des personnes et à la paix publique, et faire respecter la loi de la République. Le chapitre sécurité routière est, lui, rappelé avec la gravité qu’impose le bilan des accidents : appliquer vraiment les dispositifs juridiques et réglementaires, passer de l’affichage à la protection effective des vies. La politique, la vraie, reprend ses droits quand l’administration accepte la contradiction. Le ministre exhorte à un dialogue suivi avec les élus — représentants du peuple. Des séances d’écoute régulières avec les députés doivent devenir ces respirations institutionnelles où la parole remonte, où les dossiers locaux se déverrouillent, où la vitesse de la décision cesse d’être un privilège. Cette hygiène démocratique, si elle est tenue, peut réconcilier l’action publique avec la réalité des territoires.Sur le cadre de vie, le ton se durcit : l’instruction est ferme d’exécuter sans délai les conclusions de la rencontre consacrée à la propreté urbaine et à l’embellissement. Traduction opérationnelle : inventorier précisément, dans chaque wilaya, l’état de la prise en charge du nettoiement et des améliorations urbaines, puis agir. Il n’y a pas de renaissance de la confiance publique sans trottoirs propres, éclairage fiable, espaces communs dignes. La qualité de la ville n’est pas un luxe ; c’est une politique sociale. Le volet transports, enfin, agit comme une radiographie de notre rapport au temps. Les chemins de fer d’abord : améliorer le service, corriger les retards, réduire les pannes qui sabotent les horaires. Un ultimatum d’un mois est fixé pour redresser la situation et honorer la promesse faite au voyageur : des trains à l’heure, des rames fiables. À ce contrôle des performances s’ajoute un suivi des ateliers de remise en état des rames Coradia : parce qu’un outil qui n’est pas entretenu est un outil qui meurt. Côté ciel, le pays lance, à partir du 26 octobre, un programme renforcé de liaisons domestiques ; on en attend un effet d’entraînement sur le tourisme saharien — encore faut-il que l’accueil, les tarifs et les correspondances suivent. Sur mer, les progrès en transport de passagers et de fret sont salués, avec une orientation stratégique nette : adopter une politique concurrentielle, attirer des opérateurs, soutenir la diplomatie des exportations. Et sur route, un point concret, mesurable, attendu : coordonner l’importation de bus neufs, respecter le calendrier, radier les véhicules vétustes. Là se jaugera la capacité de l’administration à tenir parole. Au fond, ce qui se joue dans cette réunion n’est pas l’énoncé de vœux pieux, mais la tentative d’un retour à l’essentiel : sécurité du citoyen, continuité des services, sincérité de l’information, redevabilité des gestionnaires et tenue des délais. Le discours est ferme, parfois martial, mais il sera jugé à l’aune de critères simples : des robinets qui coulent, des classes qui accueillent, des bus qui roulent, des trains qui arrivent, des routes qui respirent, des villes qui respectent leurs habitants. À l’administration, maintenant, de convertir l’injonction en résultats, de choisir la vérité des chiffres plutôt que la rhétorique des bilans, et de se souvenir qu’un service public n’est pas un compartiment de budget : c’est une promesse de dignité partagée.

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