Alors que le pays est meurtri par des catastrophes naturelles à répétition et une précarité croissante, le contraste saisissant entre les célébrations footballistiques et la répression des revendications sociales soulève une question de fond : où sont les priorités de la Nation ?
Le Maroc vit actuellement une période de schizophrénie nationale. D’un côté, des rues qui explosent de joie au rythme des victoires de football, de l’autre, des larmes qui coulent dans le silence des décombres et la boue des inondations. À Safi (Assafi), le deuil est encore vif. Les récentes inondations dévastatrices ont laissé derrière elles un paysage de désolation et des familles qui pleurent leurs morts, emportés par des eaux qu’aucune infrastructure n’a su contenir. Ceci démontre la fragilité d’une solidarité brisée par le ballon rond. En effet, il est troublant de constater qu’une partie de la population semble avoir tourné la page des tragédies récentes avec une rapidité déconcertante. Si le sport est souvent un vecteur d’unité, l’euphorie démesurée constatée ces derniers jours, au mépris du deuil national latent, interroge sur la fragmentation de la fibre sociale marocaine. Peut-on réellement danser quand, à quelques kilomètres de là, les victimes du séisme dorment encore sous des tentes de fortune, subissant les morsures d’un hiver qui ne pardonne pas ?
L’absence de l’autorité suprême et le silence du trône
Au cœur de cette crise multisectorielle, une question brûle toutes les lèvres, bien qu’elle soit souvent murmurée : où est l’autorité suprême ? Alors que le pays traverse une zone de turbulences majeures entre catastrophes naturelles et grondements sociaux, l’absence de présence physique et de discours mobilisateur du Roi se fait cruellement sentir. Ce vide au sommet de l’État laisse place à un sentiment d’abandon chez les plus vulnérables. Il est malheureux de constater que pendant que certains fêtent, d’autres luttent pour leur dignité. Le mouvement des jeunes marocains a repris de plus belle, portant des revendications sociales légitimes : accès à l’emploi, santé et justice sociale. La réponse des autorités a été sans équivoque par le déploiement policier massif en mobilisant des centaines d’agents, non pas pour l’aide humanitaire, mais pour contenir, par la violence, les manifestations de cette jeunesse désabusée. Ceci sans oublier la vague de démolitions et d’expropriation de terrains et de logements de pauvres marocains au profits des israeliens. Ainsi sous couvert d’urbanisme, des centaines de foyers ont été réduits en poussière, jetant de nouvelles familles dans la précarité et augmentant le nombre de sans-abris dans un pays déjà à bout de souffle. Le Maroc de 2025 semble se diviser en deux réalités parallèles. Celle d’une façade festive et sportive, largement relayée, et celle, souterraine et douloureuse, d’un peuple qui subit de plein fouet l’incurie administrative et la violence institutionnelle. L’éclat des stades ne pourra cacher éternellement la boue de Safi ni la détresse des sinistrés du séisme.