France-Algérie:
Le paradoxe de l’« humiliation » sélective de la droite française

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Alors que les ténors de la droite et de l’extrême-droite française dénoncent avec virulence chaque décision souveraine d’Alger comme une «insulte à la nation», leur silence assourdissant face aux moqueries répétées et aux pressions de Donald Trump soulève la question d’une indignation à géométrie variable. Le contraste est saisissant, pour ne pas dire embarrassant. Mardi 6 janvier, lors d’un discours devant les élus républicains, Donald Trump a une nouvelle fois franchi le rubicon de la diplomatie. Avec une théâtralité dont il a le secret, le président américain a raconté comment il aurait «brisé» la résistance d’Emmanuel Macron lors d’un entretien téléphonique portant sur le prix des médicaments. Imitant la voix et la gestuelle du président français, Trump a décrit un Macron suppliant : «Tout ce que tu veux, Donald, mais s’il te plaît, ne le dis pas à la population». Une mise en scène humiliante qui vient s’ajouter à une liste déjà longue de quolibets («imbécile», «il ne comprend rien») et de rappels historiques cinglants de la part de Washington. Pourtant, dans les rangs de la droite française, c’est le calme plat. Bruno Retailleau, figure de proue des Républicains et d’habitude si prompt à monter au créneau pour défendre l’honneur de la France, brille par son absence de réaction. Ce mutisme interroge lorsqu’on le compare à l’agitation frénétique de cette même classe politique face à l’Algérie. Depuis juillet 2024, le mot «humiliation» est devenu le refrain favori de l’axe droite/extrême-droite dès qu’il s’agit d’Alger. En janvier 2025, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, accusait les autorités algériennes de «chercher à humilier la France» suite au refus d’une expulsion non coordonnée. Affaire Sansal : L’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal a été brandie comme un affront personnel fait à la France. Chaque position ferme de l’Algérie sur ses dossiers internes est systématiquement interprétée par ce courant comme une gifle diplomatique.
Une indignation sous influence ?
Pourquoi l’arrestation d’un ressortissant en Algérie ou une divergence sur les visas provoque-t-elle des cris d’orfraie, tandis que les humiliations publiques de Donald Trump ou les incidents diplomatiques avec Israël, comme l’arrestation de gendarmes français à l’Eleona en novembre 2024, sont passés sous silence ? Pour de nombreux observateurs, cette «indignation sélective» révèle un biais idéologique profond. Le courant anti-algérien semble instrumentaliser le concept de «dignité nationale» uniquement lorsqu’il s’agit de l’ancienne colonie. Face aux superpuissances comme les États-Unis, la fierté nationale semble s’effacer derrière un réalisme politique bien commode. «On ne voit l’humiliation que là où on veut bien la voir», résume un analyste politique. «Crier contre l’Algérie est électoralement rentable pour la droite; s’attaquer à Trump est diplomatiquement risqué. La souveraineté française semble avoir des frontières très mouvantes selon l’interlocuteur.» Alors que l’Algérie continue d’affirmer ses positions souveraines sans céder aux pressions, la droite française se retrouve face à ses propres contradictions: celle de défendre une «France forte» qui baisse la tête à Washington mais montre les muscles vers le Sud.

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