Alors que le Quai d’Orsay multiplie les déclarations d’indignation et les convocations diplomatiques pour dénoncer la répression en Iran, un silence assourdissant entoure le traitement des crises sociales en France. Entre ingérence morale à l’étranger et déni des réalités nationales, la diplomatie française semble s’enfermer dans une posture de « deux poids, deux mesures » qui interroge ses partenaires internationaux. « Les Iraniens se sont élevés pour réclamer justice et liberté.» Ces mots, prononcés par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, résonnent comme un plaidoyer vibrant pour les droits de l’homme. Ce mardi 13 janvier 2026, l’ambassadeur d’Iran à Paris a été convoqué une nouvelle fois pour se voir signifier la « réprobation » de la France face à la gestion sécuritaire des manifestations à Téhéran. Si la défense des libertés fondamentales est une mission noble, elle soulève une question de cohérence lorsque le regard se tourne vers l’Hexagone. En France, les agriculteurs, piliers de la souveraineté alimentaire, manifestent depuis des mois pour des « droits légitimes » et une survie économique menacée par des accords de libre-échange comme le Mercosur. Pourtant, aucune chancellerie étrangère n’a été autorisée à s’émouvoir de la réponse policière parfois brutale ou de la détresse de ceux qui nourrissent le pays.
Le « silence des agneaux » diplomatique
Comment expliquer qu’un pays puisse convoquer l’émissaire d’une puissance étrangère pour des troubles intérieurs, alors qu’il juge « inacceptable » toute ingérence dans ses propres affaires ? Sur la scène internationale, on observe un grand silence. Aucun pays allié, aucune grande démocratie n’a osé convoquer un ambassadeur français pour dénoncer la pression exercée sur les paysans français ou les arrestations lors des blocages de Rungis et des autoroutes. Cette asymétrie diplomatique renforce l’image d’une France donneuse de leçons, prompte à pointer la paille dans l’œil du voisin tout en ignorant la poutre qui entrave sa propre paix sociale. Pour de nombreux observateurs, cette attitude n’est plus perçue comme un leadership moral, mais comme une forme d’anachronisme politique. La dignité et la liberté ne sont pas des concepts exportables selon les intérêts du moment. Si le peuple iranien mérite le respect de ses droits, les agriculteurs français, les gilets jaunes hier, et les travailleurs aujourd’hui, méritent que leur propre État applique la même bienveillance et le même sens de l’écoute qu’il exige des autres. L’ingérence, même lorsqu’elle se pare des atours de l’humanisme, perd toute crédibilité lorsqu’elle est pratiquée par un pouvoir qui semble sourd aux cris de sa propre rue. La diplomatie française gagnerait à retrouver un équilibre : celui de l’humilité. Avant de vouloir réformer Téhéran, peut-être serait-il temps de répondre avec la même ferveur aux attentes légitimes des territoires français.
L’époque où Paris, autoproclamée « patrie des Droits de l’Homme », dictait la conduite à tenir au reste du monde semble toucher à sa fin. De Pretoria à Brasilia, en passant par Alger ou Pékin, le ton monte pour dénoncer l’hypocrisie d’une diplomatie française prompte à condamner à l’étranger ce qu’elle tolère, voire encourage, sur son propre sol.Pour de nombreuses capitales du Sud Global, la convocation de l’ambassadeur iranien à Paris n’est plus perçue comme un acte de courage politique, mais comme une mise en scène déconnectée des réalités. Le contraste est jugé frappant : alors que la France pointe du doigt la gestion des foules à Téhéran, les images des canons à eau et des gaz lacrymogènes utilisés contre les agriculteurs français tournent en boucle sur les réseaux sociaux mondiaux.
Accueil Actualités Diplomatie à géométrie variable:Quand Paris donne des leçons au monde en ignorant...
