Jeunes Algériens en situation irrégulière à l’étranger:
Une régularisation “préventive” pour couper court au chantage politique

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—L’appel du président Abdelmadjid Tebboune aux jeunes Algériens vivant à l’étranger dans des situations fragiles et irrégulières a immédiatement provoqué une onde de réactions dans les milieux politiques. En quelques heures, le message a été interprété comme une décision de rupture, à la fois sociale et sécuritaire, visant à répondre à une demande ancienne tout en neutralisant un dossier devenu un terrain de manipulation. Le député représentant la communauté nationale en France et à l’étranger, Abdelwahab Yaakoubi, y voit une démarche “consciente” et “anticipatrice” de l’État algérien. Pour lui, la régularisation ne relève pas seulement d’un geste administratif : elle constitue une lecture stratégique qui protège des jeunes ayant franchi les frontières dans des circonstances particulières, et permet à la fois de les récupérer et de réduire la vulnérabilité de l’Algérie face aux campagnes d’instrumentalisation. Dans sa déclaration, Yaakoubi insiste sur le “bon timing” de l’initiative, qu’il décrit comme “responsable” et “humaine”. L’idée centrale est simple : retirer des mains d’acteurs hostiles une “carte” longtemps utilisée pour porter atteinte à l’image du pays, en exploitant la détresse de jeunes parfois manipulés, parfois enfermés dans l’irrégularité par peur d’un retour et de poursuites. Le discours politique s’accompagne d’un sous-texte sécuritaire assumé. Des sources présentées comme “informées” estiment que la décision vise aussi à devancer des tentatives d’enrôlement ou d’exploitation par des mouvances radicales classées terroristes en Algérie, dont le MAK est cité comme exemple. Selon ces lectures, certains réseaux chercheraient à piéger des jeunes à l’étranger en leur vendant des trajectoires de “réfugiés politiques”, notamment en France, afin de fabriquer des récits et des leviers de pression contre Alger. Sur le fond, l’appel présidentiel s’adresse à une catégorie précise : des jeunes décrits comme poussés “volontairement vers l’erreur” par des personnes qui auraient parié sur une déstabilisation symbolique de l’État. Le président affirme que beaucoup n’ont commis que des délits mineurs, parfois la seule crainte d’une convocation par la police ou la gendarmerie pour des faits liés à l’ordre public. Mais il dénonce aussi ceux qui ont utilisé la question de la “harga” et ses chiffres pour semer l’angoisse, nourrir la fuite illégale, puis abandonner ces jeunes à la misère, à l’exploitation et à la manipulation. La décision actée en Conseil des ministres annonce une régularisation conditionnée par un engagement de non-récidive, avec un rôle central confié aux consulats algériens à l’étranger pour la mise en œuvre des procédures. Le mécanisme n’a toutefois rien d’un blanc-seing: sont explicitement exclus les personnes impliquées dans des crimes de sang, le trafic de drogue, le commerce d’armes, ainsi que toute collaboration avec des services de sécurité étrangers visant à nuire à l’Algérie. Politiquement, la responsabilité est désormais renvoyée aux institutions et à la représentation nationale. Yaakoubi souligne que le consensus entre les institutions, tel qu’annoncé, implique directement les députés et les représentants de la diaspora dans la réussite du processus. L’enjeu est double: offrir une issue aux jeunes coincés entre illégalité administrative et peur du retour, et tarir un gisement de tension exploitable par des adversaires. Enfin, l’initiative a également été saluée par le Mouvement El-Bina, qui la qualifie de geste national, responsable et humain, y voyant un levier de cohésion, de confiance et de stabilité. Derrière la rhétorique, un pari se dessine : reprendre un dossier sensible avant qu’il ne soit confisqué par les réseaux, les extrémismes ou la propagande, et replacer ces jeunes au cœur d’une solution encadrée plutôt qu’au bord d’une dérive subie.

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