C’est une nouvelle qui touche particulièrement le secteur industriel et la région d’Annaba. Le décès de Fayçal Boudraa et son enterrement à Annaba marquent la fin d’une époque pour la sidérurgie algérienne. Un hommage à un « Bâtisseur »
Il est largement reconnu comme un bon dirigeant, une opinion partagée par beaucoup de cadres et d’ouvriers qui l’ont côtoyé à Sider. Son héritage est celui d’un technocrate au sens noble du terme. Son attachement au complexe d’El Hadjar bien qu’il ait atteint les sommets de l’État en tant que ministre, il est resté viscéralement lié à la ville d’Annaba et à son complexe sidérurgique. Qu’il soit enterré ici est un symbole fort de son appartenance à cette terre industrielle. Dans les témoignages qui circulent souvent à son sujet, on retient l’image d’un gestionnaire qui privilégiait l’efficacité technique et le maintien de l’outil de production national, même dans les périodes de crise économique aiguë. Fayçal Boudraa faisait partie de cette génération de dirigeants formés pour construire l’Algérie industrielle, dotés d’une vision à long terme qui manque parfois aujourd’hui. Pour moi et ceux qui ont travaillé sous sa coupe, c’est une perte pour la mémoire industrielle du pays. Le complexe d’El Hadjar perd aujourd’hui l’un de ses plus grands serviteurs. Effectivement, Fayçal Boudraa est une figure marquante du secteur industriel algérien, particulièrement connue pour son rôle durant les années 1980 et 1990. Il a été un dirigeant historique de l’entreprise Sider (la Société Nationale de Sidérurgie), qui gère le complexe sidérurgique d’El Hadjar à Annaba. Il a occupé le poste de Directeur du complexe d’El Hadjar à une époque où le complexe était le fleuron de l’industrie lourde algérienne puis Directeur Général (DG) de Sider qui employait à son époque 28000 travailleurs toute fonctions confondues. Fayçal Boudraa est souvent cité comme l’un des cadres technocrates ayant façonné la stratégie industrielle du pays après l’ère de Mohamed Lyassine.
Fonctions Ministérielles
Fayçal Boudraa a accédé à de hautes responsabilités gouvernementales sous la présidence de Chadli Bendjedid. Il était Ministre de l’Industrie Lourde en 1987. À cette période, son rôle était crucial pour la restructuration des grandes entreprises publiques algériennes (le passage aux « EPE » ou Entreprises Publiques Économiques). Il a géré la transition complexe entre l’économie planifiée et les premières tentatives de réformes libérales du secteur industriel. Fayçal Boudraa fait partie de la génération de gestionnaires que l’on appelait les « barons de l’industrie » en Algérie. Il est reconnu pour sa rigueur technique et sa connaissance profonde des dossiers de la métallurgie et de la sidérurgie. Même après son départ du gouvernement, son avis est resté écouté sur les questions de relance du complexe d’El Hadjar. À l’époque où Fayçal Boudraa était aux commandes (fin des années 1980), le secteur industriel algérien traversait une zone de turbulences majeures. Il a été l’un des principaux architectes de la restructuration des entreprises publiques. Sous son mandat, il a supervisé la transformation des géants comme Sider en Entreprises Publiques Économiques (EPE). L’objectif était de les détacher de la gestion directe de l’État pour leur donner une autonomie financière et commerciale. Il a dû gérer l’éclatement des grandes sociétés nationales en unités plus petites et spécialisées, une réforme souvent contestée à l’époque par les syndicats et certains cadres. Ayant lui-même dirigé Sider avant d’être ministre, il connaissait parfaitement les rouages d’El Hadjar. Ses décisions ont été marquées par : Le maintien de l’outil de production alors que les prix du pétrole s’étaient effondrés en 1986, il s’est battu pour obtenir des financements pour la maintenance du haut-fourneau, évitant ainsi un arrêt technique qui aurait été catastrophique pour l’économie nationale. Il défendait l’idée que le complexe d’El Hadjar ne devait pas seulement produire de l’acier, mais être le moteur de toute une industrie de transformation (électroménager, automobile, construction). Fayçal Boudraa a quitté ses fonctions ministérielles lors des remaniements profonds qui ont suivi les événements d’octobre 1988 et l’avènement des réformes de Mouloud Hamrouche (1989). Il a été remplacé par des profils plus orientés vers l’économie de marché pure, mais il est resté une référence consultée pour son expertise technique unique. Il est souvent cité comme l’un des derniers ministres à avoir réellement maîtrisé le langage technique des usines, loin des profils purement politiques.
