C’est l’histoire classique de l’arroseur arrosé, ou plutôt du hussard noir de la droite dure qui découvre que, pour certains, le vernis républicain ne sèche jamais tout à fait. Othman Nasrou, pur produit de la méritocratie à la française marocain né à Casablanca, pensait sans doute qu’en devenant le porte-flingue de Bruno Retailleau, il s’était acheté une immunité diplomatique contre les vents mauvais de l’identité. Manqué. Naturalisé en 2012, Nasrou a gravi les échelons avec la vitesse d’un homme pressé d’oublier d’où il vient. Secrétaire d’État, numéro 3 des Républicains, il s’est fait une spécialité de cogner sur l’immigration et de tancer l’Algérie avec une ferveur de néoconverti. Sa stratégie est d’être plus royaliste que le roi (ou plus Retailleau que Retailleau). Son erreur était de croire que le « ciment des ancrages » dont parle la vieille garde se dissout dans un décret de naturalisation. La gifle est venue de Michel Auboin, ancien préfet et incarnation d’une France qui compte ses ancêtres en siècles et en kilomètres carrés. Dans un mail d’une violence rare, Auboin a brisé le miroir aux alouettes de Nasrou : «Personne, de tous les miens et durant tous les siècles passés, n’a jamais émigré. » En quelques mots, l’ancien haut fonctionnaire a renvoyé le secrétaire général des LR à sa condition de « nouveau Français», lui rappelant que dans l’arithmétique de la droite identitaire, 5 000 naturalisations ne valent pas une seule lignée médiévale. Pour Auboin, Nasrou n’est pas un collègue, c’est une statistique qui a mal tourné. Il est savoureux de voir Nasrou saisir la justice pour «dénigrement lié aux origines » alors qu’il a bâti sa carrière sur la dénonciation des flux migratoires dont il est lui-même le pur produit. Celui qui sommait l’Algérie de « reprendre ses nationaux » avec une morgue de châtelain se voit aujourd’hui contraint de rappeler qu’il est chez lui renvoyé de France au Maroc. Sur les réseaux sociaux, le sarcasme est à la hauteur de la chute : on ne peut pas indéfiniment souffler sur les braises de l’exclusion sans finir par se brûler les doigts. Nasrou a appris à ses dépens que pour une certaine frange de son propre camp, on n’est jamais vraiment « d’ici », on est seulement « de passage », même avec un maroquin ministériel.
