L’actualité judiciaire récente offre un miroir saisissant aux relations franco-algériennes. Tandis que l’eurodéputée française Rima Hassan comparaîtra le 7 juillet prochain devant le tribunal de Paris pour «apologie du terrorisme», le cas du journaliste français Christophe Gleizes continue de cristalliser les tensions. Condamné en première instance et en appel en Algérie pour ce même motif, Gleizes est au cœur d’une offensive diplomatique française qui crie à l’arbitraire. Pourtant, à y regarder de près, les chefs d’accusation portés des deux côtés de la Méditerranée révèlent une analogie flagrante que Paris semble feindre d’ignorer. Dans le dossier Gleizes, l’acte d’accusation lu en audience publique est sans équivoque : l’article incriminé faisait l’éloge d’une vision identitaire radicale et ouvertement antinationale. En donnant la parole à un membre du MAK, organisation classée comme terroriste par l’État algérien, le journaliste s’est fait, selon le ministère public, l’avocat du diable. La France, qui connaît parfaitement la dangerosité de ce mouvement dirigé depuis son propre sol par Ferhat Mehenni, ne peut ignorer que tout contact opérationnel avec de tels éléments est perçu comme une complicité active par le droit algérien. Cet argument, retenu par la justice en seconde instance, repose sur une logique de sécurité nationale souveraine. Le paradoxe éclate lorsque l’on observe le sort réservé à Rima Hassan. La militante de «La France insoumise», d’origine palestinienne, se voit reprocher un tweet ancien glorifiant une action de la résistance palestinienne bien avant la promulgation de la loi actuelle sur l’apologie du terrorisme. Si la France considère l’accusation contre Gleizes comme «fallacieuse», comment qualifier celle qui pèse sur son eurodéputée pour des opinions exprimées a posteriori de la loi ? Il semble y avoir une lecture à géométrie variable de ce que constitue l’apologie du terrorisme : un crime impardonnable lorsqu’il touche aux intérêts français, mais un « arbitraire judiciaire » lorsqu’il s’agit de protéger la stabilité de l’Algérie. L’ironie atteint son paroxysme avec les récentes déclarations du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Ce dernier plaide pour la libération de Christophe Gleizes, arguant que si les relations bilatérales ont progressé dans plusieurs domaines, elles ne s’épanouiraient pleinement qu’avec la sortie de prison du journaliste. Un vœu pieux qui occulte deux réalités juridiques majeures. D’une part, le condamné a saisi la Cour suprême algérienne et doit, comme tout justiciable, attendre l’issue de son pourvoi. D’autre part, la France reste étrangement muette sur la prolongation de la détention provisoire d’un agent consulaire algérien sur son territoire. L’incarcération de ce fonctionnaire, protégé par la Convention de Vienne de 1963 dont la France est pourtant signataire, constitue une violation flagrante du droit diplomatique que Laurent Nuñez se garde bien d’évoquer. Ce mutisme sélectif interroge : ce qui est bon pour la France ne le serait donc pas pour l’Algérie ? Entre la protection diplomatique bafouée à Paris et les leçons de droit administrées à Alger, la France s’enferme dans une posture où l’émotion médiatique tente de l’emporter sur la rigueur juridique.
