Algérie-France:
Le pari mémoriel d’Emmanuel Macron et l’ombre de 2027

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Le déplacement d’Alice Rufo à Alger, à l’occasion de la commémoration des massacres du 8 mai 1945, résulte d’un calcul politique minutieux d’Emmanuel Macron. Le président français semble vouloir sincèrement sceller une réconciliation durable avec son homologue Abdelmadjid Tebboune. En envoyant Mme Rufo, ministre déléguée aux Armées et proche conseillère, porter un message personnel au chef de l’État algérien, Paris signifie que l’heure est à l’apaisement. Nous semblons désormais à des années-lumière de la crise profonde qui, il y a peu, menaçait de provoquer une rupture totale entre les deux rives. Ce renouveau diplomatique a trouvé son impulsion initiale lors du remaniement gouvernemental en France : le départ du ministre de l’Intérieur, perçu comme un obstacle au dialogue, et son remplacement par Laurent Nuñez, ont marqué le début de la décrispation. Sous l’égide d’Emmanuel Macron, le processus s’est accéléré pour aboutir à ce geste à forte valeur symbolique : la présence d’une ministre française déléguée aux Armées et aux Anciens combattants à Sétif, là même où débuta la tragédie de 1945 alors que l’Europe fêtait la victoire sur le nazisme. Cette initiative, qu’aucun président de la Ve République n’avait osé prendre avant lui, est un signal direct adressé au peuple algérien. Ce courage politique semble apprécié non seulement par le président Tebboune, mais aussi par le général d’armée Saïd Chengriha, Chef d’État-major de l’ANP. Lors de son entretien avec Alice Rufo, le haut commandement algérien a souligné la volonté de l’Algérie de dépasser le passif colonial pour se tourner vers l’avenir. De son côté, la ministre française a rompu avec la langue de bois, affirmant que le «divorce» entre la France et l’Algérie n’aurait jamais lieu et dénonçant les «illusions» entretenues par les artisans de la crise passée. Cependant, une question demeure : ce réchauffement est-il pérenne ? L’horizon d’avril 2027 pèse lourdement sur cette idylle diplomatique. Emmanuel Macron ne pouvant se représenter, l’avenir des relations bilatérales dépendra exclusivement de son successeur : Le scénario de la rupture : En cas d’accession au pouvoir de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella, la lune de miel actuelle risquerait d’être reléguée au rang de souvenir. Il en va de même pour une droite représentée par Édouard Philippe, qui prône une révision drastique des relations et l’abrogation des accords de 1968. À l’inverse, une victoire de la gauche historiquement plus favorable au dialogue avec Alger ou le retour inattendu d’une figure comme Dominique de Villepin, pourraient garantir la pérennité de cet élan amorcé en ce 8 mai 2026. Si le présent semble offrir une éclaircie historique, le futur des relations franco-algériennes reste suspendu aux arbitrages électoraux du peuple français.

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