La crise diplomatique entre l’Algérie et la France a certes perdu de son intensité, mais la relation est loin d’avoir retrouvé sa sérénité d’antan. Le retour de l’ambassadeur de France à Alger, alors que le poste d’ambassadeur d’Algérie à Paris demeure vacant, illustre parfaitement ce déséquilibre. Alger a délibérément choisi le «wait and see», une prudence dictée par des zones d’ombre persistantes qui entravent toute normalisation véritable. Le premier point de friction demeure l’extradition des individus condamnés par la justice algérienne qui trouvent refuge en France. Malgré un traité d’extradition signé entre les deux pays, ce texte reste lettre morte. Paris, prompt à exiger la libération sans condition de citoyens français impliqués dans des affaires judiciaires algériennes, semble ignorer les impératifs de la justice algérienne. Lors de sa récente visite, Gérald Darmanin s’est heurté à une fin de non-recevoir, tant de la part de son homologue que du président Tebboune. Le message est clair : l’Algérie refuse désormais la politique du geste unilatéral. Tant que la justice française ne répondra pas aux demandes d’extradition visant des fugitifs ayant détourné des fonds publics, aucun compromis ne sera possible. Un autre dossier, souvent occulté mais crucial, concerne la détention prolongée d’agents consulaires algériens, toujours dans l’attente d’un procès après des mois de privation de liberté. Cette situation, vécue comme une injustice à Alger, constitue un nouvel obstacle à la confiance mutuelle. Enfin, la perspective de l’élection présidentielle française de 2027 impose une sagesse stratégique. Alger est pleinement consciente des forces politiques hostiles à toute normalisation qui s’agitent en France. La montée en puissance de l’extrême droite et d’une droite dite « républicaine » qui ne cache plus ses accointances avec cette dernière, fait planer une menace réelle sur l’édifice partenarial bâti sous l’ère Macron. Face à une incertitude politique inédite sous la Cinquième République, l’Algérie refuse de précipiter un rapprochement qui pourrait être balayé par les urnes dans moins d’un an. Alger privilégie donc une stratégie de «stand-by», maintenant un service minimum sur le plan relationnel, en attendant que le brouillard politique français se dissipe. Car, au-delà des mots, l’Algérie sait que la stabilité d’un partenariat ne peut se construire sur des compromis fragiles avec un exécutif dont l’avenir reste, plus que jamais, une inconnue majeure.
