Voulant sans doute se venger de la visite effectuée par le chef du gouvernement espagnol à Alger, le roi du Maroc a fomenté un coup qui s’est finalement retourné contre lui. Il a permis un forcing de près de 60 000 de ses sujets et migrants subsahariens pour franchir sans encombre la barrière séparant le Maroc des deux enclaves espagnoles. Ainsi, une foule de jeunes, parmi lesquels se trouvaient des enfants, a «providentiellement» franchi un mur de 10 mètres de haut, dont il est extrêmement difficile de sauter de l’autre côté sans être repéré par les agents de la Guardia Civil espagnole aux aguets et s’étendant sur plusieurs kilomètres. Il se trouve néanmoins que deux failles sont apparues aux extrémités de ce mur. Comment de telles failles ont-elles pu se produire alors que des patrouilles marocaines sont chargées de la sécurité de cette frontière 24h/24 ? D’autre part, en voyant arriver une masse d’individus converger vers ces extrémités, les forces de l’ordre marocaines se sont laissé sciemment déborder, permettant à des milliers de prétendants à l’immigration d’entrer. Ces derniers avaient vraisemblablement reçu l’information en amont leur donnant la possibilité de déferler en masse pour pénétrer dans les deux enclaves. Présentes en petit nombre, les forces de la Guardia Civil n’ont pu faire face à ce qui s’apparentait à une véritable invasion. Pendant ce temps, de nombreux migrants se sont mis à nager pour atteindre la rive espagnole. Trente-quatre d’entre eux se sont noyés et ont perdu la vie, tandis que d’autres ont été interceptés par les garde-côtes espagnols.
Le coup foireux du roi du Maroc
Tous les observateurs ont établi un lien direct entre cette vague migratoire provenant du territoire marocain et la récente visite de Pedro Sánchez à Alger. Il n’est pas difficile de deviner que Mohammed VI a voulu punir le président du gouvernement espagnol pour s’être rendu en Algérie, y avoir été accueilli avec les honneurs par le président Tebboune et y avoir conclu d’importants accords économiques. En regardant à la télévision le chef du gouvernement espagnol, aux côtés du président algérien, prononcer cette phrase : « L’Espagne et l’Algérie iront dorénavant de l’avant dans tous les domaines », le souverain marocain a essuyé un camouflet. Alors, malgré les accords signés en 2022 entre Madrid et Rabat pour empêcher toute incursion migratoire vers Ceuta et Melilla, il aurait donné le feu vert à ses forces de l’ordre pour laisser passer des milliers de migrants. Manifestement, une telle opération semblait être planifiée en cas d’acte jugé «déloyal» de la part de l’Espagne. Les conséquences d’une telle manœuvre ne tardèrent pas à se retourner contre son auteur. Face à une incursion d’une telle ampleur, dépassant même celle survenue en 2022, Pedro Sánchez est aussitôt passé à l’action en dépêchant l’armée et une force navale pour reprendre le contrôle de la situation. Les soldats déployés sur place sont parvenus à refouler quelque 40 000 migrants. Devant cette crise, la réaction européenne ne s’est pas fait attendre. La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a suspendu unilatéralement l’Espagne de l’espace Schengen, tandis que la Première ministre du Danemark a demandé une réunion d’urgence des pays de l’UE. De son côté, Ursula von der Leyen a exigé du roi du Maroc qu’il coopère efficacement pour reprendre tous les migrants se trouvant encore dans les enclaves. La France, par la voix d’Emmanuel Macron, a déployé des centaines de soldats à la frontière franco-espagnole afin d’empêcher toute infiltration, tout en affirmant sa pleine solidarité avec l’Espagne. Ainsi, ceux que le roi considérait comme des alliés indéfectibles semblent l’avoir désavoué. Le souverain, qui comptait donner une leçon à un chef d’État européen, se retrouve vivement critiqué par les dirigeants de l’Union européenne pour sa gestion de la crise. Cette ultime carte diplomatique aura finalement desservi les intérêts du royaume sur la scène internationale.
