L’Espagne défie le Maroc à Ceuta:
La résignation calculée de Rabat face à Madrid

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Un silence assourdissant devant la souveraineté espagnole ce mardi 13 octobre, où le roi Felipe VI et la reine Letizia effectuent une visite officielle hautement symbolique à Ceuta et Melilla. Ce déplacement intervient au lendemain de révélations fracassantes confirmées par Pedro Sánchez : durant l’été, des navires de guerre marocains avaient pénétré dans les eaux territoriales de l’enclave sans autorisation. Alors qu’en 2007 une visite similaire de Juan Carlos Iᵉʳ avait provoqué une tempête diplomatique, marquée par le rappel immédiat de l’ambassadeur marocain et des condamnations véhémentes de Mohammed VI, le Palais royal se mure cette fois dans une passivité frappante. L’ambassadrice Karima Benyaich est allée jusqu’à saluer chaleureusement le couple royal espagnol lors de la fête nationale à Madrid.

L’asymétrie criante : servilité envers Madrid, agressivité envers Alger

Ce profil bas face à l’Espagne met à nu la politique du «double standard» pratiquée par la diplomatie marocaine. D’un côté, le pouvoir marocain subit sans broncher l’affirmation de la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, encaissant les déclarations d’Alberto Núñez Feijóo, chef du Parti populaire espagnol (PP), qui rappelle fermement que «la souveraineté espagnole ne se négocie pas». Pour préserver l’alignement historique de Pedro Sánchez sur le dossier du Sahara occidental, le régime marocain choisit l’effacement et retient toute critique pour ne pas affaiblir les socialistes aux législatives espagnoles du 29 novembre. D’un autre côté, le contraste est saisissant avec la stratégie d’escalade permanente et d’hostilité systématique adoptée par le Maroc à l’égard de l’Algérie : Alors que des navires de guerre espagnols patrouillent et affirment leur autorité sur ce que le Maroc considère pourtant comme ses eaux territoriales, Rabat baisse la tête. À l’inverse, la moindre prise de position souveraine ou multilatérale de l’Algérie sur le respect du droit international déclenche une virulente campagne médiatique et diplomatique marocaine. Pour des motifs d’une gravité bien moindre que l’occupation centenaire de territoires ou le déploiement de forces navales étrangères à ses portes, le régime marocain multiplie les déclarations belliqueuses et les manœuvres d’amalgamation à l’encontre de l’Algérie. Le Maroc n’hésite pas à accuser l’Algérie de tous ses maux économiques et sociaux, alors qu’il tolère, par calcul électoral et dépendance économique, les rappels à l’ordre cinglants de la classe politique espagnole. En déplaçant uniquement le débat sur le terrain migratoire et en feignant d’ignorer la visite de la couronne espagnole sur un territoire qu’il revendique, le Maroc révèle les limites de sa politique étrangère. Il démontre que ses indignations sont à géométrie variable : intransigeant et agressif envers ses voisins maghrébins, mais conciliant et résigné dès lors qu’il s’agit de préserver ses acquis politiques auprès des puissances européennes.

 

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