La surenchère des chaînes d’information en continu:
LCI rejoint le cortège de ceux qui veulent régler leurs comptes avec l’Algérie

0
5

En accordant un entretien exclusif à Éric Zemmour, une personnalité en quête d’identité, se revendiquant pleinement français alors que son patronyme atteste clairement d’origines judéo-berbères, la chaîne d’information LCI a brisé le monopole détenu jusqu’ici par CNews dans la surenchère des prises de position anti-algériennes et islamophobes. La chaîne du groupe Bolloré enregistre aujourd’hui une baisse d’audience. Toutefois, cette désaffection ne s’explique malheureusement pas par le racisme ou l’islamophobie déversée quotidiennement sur ses plateaux, mais plutôt par la concurrence d’un média rival. Ce dernier, loin de différer sur le fond, appartient à un groupe financier influant dans l’ombre et œuvrant habilement à promouvoir la droite dans toute sa diversité, y compris dans ses franges les plus extrêmes, en vue de l’élection présidentielle de 2027. Dans cette optique, tout est mis en œuvre pour entretenir un climat d’insécurité auprès de l’opinion publique française, en agitant la menace d’une éventuelle victoire d’une coalition de gauche, avec à sa tête Jean-Luc Mélenchon, désigné comme l’ennemi public numéro un par l’ensemble des courants de droite, des plus modérés aux plus radicaux. Sur les plateaux de LCI, la conduite des débats est assurée par des figures bien connues du paysage audiovisuel. Le journaliste franco-iranien Darius Rochebin s’emploie régulièrement à entretenir la confusion en jouant sur les émotions d’invités triés sur le volet et idéologiquement ancrés à droite. On y retrouve également David Poujadas, autrefois présentateur sur France 2, ainsi que la nouvelle recrue de la chaîne, Sonia Mabrouk, transfuge de CNews. Cette dernière maintient une ligne intransigeante à l’égard des ressortissants maghrébins qui ne partagent pas sa posture d’assimilation. Encensée sous le régime de Ben Ali, cette journaliste franco-tunisienne fait aujourd’hui l’objet d’un rejet affirmé de la part des autorités actuelles en Tunisie.

Un virage éditorial au gré des relations franco-algériennes

Cet aréopage d’analystes et de commentateurs s’accorde sur une même vision politique : celle d’une France nostalgique d’une époque révolue, demeurée attachée à l’héritage de l’empire colonial du XIXᵉ siècle et à sa volonté de puissance. Qu’il s’agisse de traiter de l’Iran, de l’Ukraine, de la situation à Ghaza ou du Brésil sous la présidence de Jair Bolsonaro, la ligne éditoriale demeure constamment alignée sur des positions atlantistes et conservatrices, souvent très proches de la rhétorique de Donald Trump. Ces éditorialistes ne ménagent pas non plus leurs critiques à l’égard d’Emmanuel Macron dès lors que sa politique s’écarte de leurs attentes. Son revirement diplomatique et le durcissement du ton envers l’Algérie avaient initialement rencontré leur adhésion lorsque les tensions entre Paris et Alger étaient à leur paroxysme. Durant cette période, la parole était fréquemment accordée à des figures politiques telles que Bruno Retailleau, connu pour ses prises de position fermes à l’égard de l’Algérie. Cependant, dès lors que le président français a entrepris de renouer le dialogue avec Alger, un désenchantement immédiat s’est opéré sur le plateau de LCI, entraînant une réorientation rapide de sa ligne éditoriale. Les intervenants se sont ouvertement offusqués de ce rapprochement, ouvrant la voie à une présence accrue de représentants et de sympathisants du Rassemblement National (RN) à l’antenne. Pendant ce temps, sur BFMTV, l’autre chaîne d’information privée du paysage audiovisuel français, un certain équilibre semblait jusqu’alors préservé. Toutefois, les évolutions récentes témoignent d’un infléchissement progressif. Ces derniers jours, animateurs et intervenants multiplient les attaques ciblées contre la gauche, tentant de l’associer systématiquement à l’ultra-gauche, une mouvance radicale qui a pourtant rompu depuis longtemps tout lien avec le jeu politique institutionnel.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici