Loin d’être une simple affaire de chiffres et de calculs économiques, l’échec du rachat de Naturgy par le géant énergétique émirati « Taqa » s’est révélé être une partie d’échecs géopolitique complexe, orchestrée dans les coulisses pendant près de deux mois. L’ombre de l’Algérie planait sur cette opération controversée, son opposition farouche à la transaction démasquant des intentions loin d’être innocentes.
En effet, ce mardi 11 juin 2024, la société émiratie Taqa a annoncé qu’elle renonçait à ses tentatives d’acquisition de «Naturgy». Auparavant, la partie espagnole avait annoncé, le lundi 10 juin 2024, l’arrêt des négociations entre les Émiratis et les parties prenantes de Naturgy, un développement attendu compte tenu des circonstances peu favorables qui ont accompagné les négociations. Selon un rapport publié par l’agence de presse Reuters, la société espagnole Criteria a déclaré : « En ce qui concerne les discussions entre Criteria Caixa et Taqa sur un éventuel accord de coopération lié à Naturgy… ces négociations se sont terminées sans qu’aucun accord ne soit conclu ». Dans ce contexte, des médias espagnols ont révélé précédemment que l’Algérie avait rejeté le plan d’acquisition de Naturgy par la société émiratie, considérant qu’elle est le principal partenaire de Sonatrach sur le marché espagnol. Selon les journaux espagnols, l’Algérie a exercé des pressions sur Madrid pour arrêter cette transaction. Il est à souligner que l’Algérie est l’un des principaux fournisseurs de gaz naturel à l’Espagne depuis de nombreuses années, et elle a réussi cette année à se hisser en tête de la liste des exportateurs de gaz vers l’Espagne, dépassant les États-Unis et la Russie, selon Enagás. Cette opération d’acquisition semble purement économique en apparence, mais en réalité, il s’agit d’une guerre non déclarée de la part des Émirats arabes unis contre les intérêts supérieurs de l’Algérie. Ce fait a conduit, comme on le sait, à la tenue d’une réunion spéciale du Conseil supérieur de sécurité en Algérie, qui a publié une déclaration indiquant : « Le Conseil supérieur de sécurité a exprimé ses regrets concernant les actions hostiles enregistrées contre l’Algérie, de la part d’un pays arabe frère ». Tout le monde a compris qu’il s’agissait des Émirats arabes unis, qui ont à leur tour répondu par des tweets d’un haut responsable de leur ministère des Affaires étrangères, nommé Anwar Gargash. Face à cette situation, l’Algérie n’est pas restée passive, mais surveillait de près le projet de la transaction. Alors que les négociations entre les parties espagnole et émiratie étaient à leur apogée, l’agence de presse mondiale Reuters a publié une nouvelle retentissante, contenant des avertissements choquants et stricts de la part de l’Algérie. Celle-ci prévenait que l’acquisition de « Naturgy » par « Taqa » pousserait l’Algérie à prendre la décision radicale de stopper l’envoi du gaz vers l’Espagne. Cette nouvelle a été un choc pour les négociateurs cherchant à mener la transaction à bien. Cet événement spectaculaire coïncidait avec des fuites de sources espagnoles affirmant que le régime marocain coordonnait avec les autorités émiraties pour permettre à «Taqa» de prendre le contrôle de « Naturgy », et ainsi permettre à Rabat d’obtenir du gaz algérien sous forme gazeuse en flux inversé via le gazoduc Maghreb-Europe, dont l’Algérie a cessé l’exploitation à la fin octobre 2021. Cette cessation a causé de graves problèmes au royaume chérifien, notamment l’arrêt de deux centrales électriques, «Beni Mathar » et « Tahaddart », pendant huit mois entiers, en raison de l’absence de précautions prises par le régime marocain au cas où l’Algérie arrêterait ses livraisons de gaz. Alors que le régime marocain cherchait un nouveau fournisseur de gaz, les autorités algériennes ont averti leurs homologues espagnoles qu’elles cesseraient leurs exportations de gaz vers l’Espagne si Madrid envoyait ne serait-ce qu’une goutte de gaz au royaume chérifien. Cela a conduit ce dernier à conclure un accord avec la société « Shell » pour importer environ 500 millions de mètres cubes de gaz par an, un autre facteur qui pourrait avoir joué un rôle dans l’échec de la transaction.
Par Kheireddine Boukhalfa
