L’Algérie s’engage dans une transformation majeure de son industrie pharmaceutique, portée par des initiatives stratégiques visant à réduire la dépendance aux importations et à promouvoir l’innovation locale.
Cette ambition s’inscrit dans une volonté de positionner le pays comme un acteur clé du marché pharmaceutique africain. Sous la houlette du ministre de l’industrie et de la production pharmaceutique, Sifi Ghrib, et du ministre délégué chargé de la production pharmaceutique, Fouad Hadji, un récent sommet a réuni les principaux acteurs du secteur. Le groupe Saidal, pilier public de la production pharmaceutique algérienne, et l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) ont partagé leur vision pour une industrie capable de répondre à 100 % des besoins nationaux. La réunion a mis en lumière des projets stratégiques tels que la production de médicaments innovants et de réactifs de diagnostic précoce. Ces initiatives s’articulent autour de la diversification des sources de matières premières, l’élargissement des gammes de produits fabriqués localement et l’augmentation de la part de marché des entreprises nationales.
L’innovation : clé de la croissance
Depuis quelques années, l’Algérie s’est imposée comme un leader continental, avec plus de 2,5 milliards d’euros de médicaments produits chaque année. Cette croissance repose sur l’innovation, à l’instar de Frater-Razes, qui a révolutionné le marché en produisant localement des biosimilaires pendant la pandémie de covid-19. Ces produits, fabriqués à partir d’organismes vivants, étaient auparavant entièrement importés. D’autres laboratoires, comme Biopharm, se tournent vers des domaines de pointe, notamment l’oncologie et l’hormonologie. Avec des infrastructures modernisées et une collaboration accrue avec les milieux universitaires, le secteur aspire à devenir un moteur de croissance économique. Le rôle des laboratoires privés est également crucial. Biocare, par exemple, est devenu un pionnier en Afrique en fabriquant de l’insuline sous forme de stylos injecteurs, réduisant significativement les coûts pour la sécurité sociale algérienne. De même, Saidal continue d’innover avec la production du vaccin anti-covid, le Coronavac, en partenariat avec la Chine, tout en s’orientant vers une collaboration régionale pour une industrie pharmaceutique africaine intégrée. Malgré ces avancées, des défis subsistent, notamment l’approvisionnement en matières premières, la nécessité d’une main-d’œuvre qualifiée et la modernisation des infrastructures. Le gouvernement algérien met l’accent sur la simplification des procédures administratives pour encourager les investissements et l’innovation. Le ministre Sifi Ghrib a insisté sur la création d’un pôle technologique dédié et sur le renforcement du rôle de l’ANPP pour garantir la qualité et la conformité des produits aux normes internationales. Au-delà des frontières nationales, l’Algérie aspire à devenir un hub pharmaceutique africain. Les efforts de Saidal pour répondre aux exigences croissantes des partenaires africains témoignent de cette ambition. Convaincre des organisations comme l’OMS de privilégier les médicaments produits en Afrique constitue une étape essentielle pour renforcer la valeur ajoutée sur le continent. L’industrie pharmaceutique algérienne incarne une transformation structurelle qui va bien au-delà de la simple production de médicaments. Elle reflète une vision stratégique d’autosuffisance, d’innovation et de rayonnement régional. En plaçant l’humain au cœur de cette dynamique, l’Algérie pave la voie vers une souveraineté sanitaire et économique qui profitera à des millions de citoyens. Une réussite qui pourrait devenir un modèle pour le reste du continent.
Par Mohamed Tahar Aissani
