Une vidéo récemment diffusée par des médias algériens et largement relayée sur les réseaux sociaux a suscité une vive controverse. On y voit l’écrivain algérien Boualem Sansal, actuellement incarcéré, évoquer sa participation au Forum économique mondial de Davos en 1997.
Plus troublant encore, la vidéo révèle qu’il aurait participé à une rencontre secrète avec Dan Meridor, alors ministre israélien des Finances et membre du parti Likoud. Dans cet enregistrement, Sansal se vante d’avoir contribué à faciliter la participation de l’Algérie au Forum, un événement de renommée mondiale qui réunit chaque année les leaders politiques et économiques pour débattre des grands enjeux internationaux. Cependant, son aveu d’une entrevue avec un responsable israélien soulève des interrogations sur ses motivations et ses agissements. Le Forum de Davos, organisé chaque année dans la ville suisse éponyme, est une plateforme majeure pour les décideurs mondiaux. En 1997, l’Algérie, bien que confrontée aux turbulences de la décennie noire, avait participé à cet événement, cherchant à montrer sa résilience et à attirer l’attention sur son potentiel de développement. En 2018, Klaus Schwab, fondateur du Forum, avait salué les efforts algériens pour diversifier leur économie et aligner leur gestion sur les exigences de la mondialisation. Cette reconnaissance internationale faisait écho à une tradition d’engagement algérien dans des forums internationaux malgré des contextes internes difficiles.
Boualem Sansal, une figure controversée accusée de trahison
En novembre 2024, Boualem Sansal a été arrêté par les autorités algériennes et inculpé pour atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale, conformément à l’article 87 du Code pénal. Cette arrestation faisait suite à des déclarations controversées sur des médias étrangers, où il avait affirmé que certaines parties du nord-ouest de l’Algérie appartenaient historiquement au Maroc. Le président Abdelmadjid Tebboune avait alors dénoncé ces propos comme une tentative de réécriture de l’histoire nationale, les qualifiant d’attaques contre la souveraineté algérienne. La controverse entourant Boualem Sansal ne date pas d’hier. En 2012, il avait suscité un tollé en se rendant en Israël pour participer au Festival mondial des écrivains à Jérusalem, où il avait échangé avec l’écrivain israélien A.B. Yehoshua. Cette visite, perçue comme une provocation dans un contexte marqué par des tensions persistantes au Moyen-Orient, avait été fermement condamnée par les intellectuels arabes et les partisans du boycott d’Israël. Sansal avait alors justifié sa démarche comme un acte purement littéraire, distinct de toute considération politique. Pourtant, cette initiative avait été largement perçue comme une tentative de normalisation culturelle, provoquant l’indignation à un moment où la question palestinienne restait plus que jamais sensible. La diffusion de cette vidéo relance le débat sur le rôle de Boualem Sansal dans la sphère publique. Alors que ses partisans plaident pour une dissociation entre l’homme et ses engagements littéraires, ses détracteurs dénoncent une posture ambiguë, oscillant entre provocation et compromission. À l’heure où l’Algérie reste résolue à défendre sa souveraineté et son unité nationale, les révélations sur Boualem Sansal viennent raviver des tensions anciennes et soulèvent de nouvelles interrogations sur les responsabilités des intellectuels dans le paysage politique et diplomatique.
Par Mohamed Tahar Aissani
