L’Algérie, sentinelle de ses principes:
Le refus d’Alger face aux manœuvres du Lion Africain 2025

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—

Le 22 avril 2025, dans une région secouée par les recompositions militaires, les ruptures diplomatiques feutrées et les tentatives de normalisation imposée, l’Algérie a, une fois encore, choisi la ligne de crête de ses convictions. Refusant officiellement l’invitation des États-Unis à participer comme observateur aux manœuvres militaires « African Lion 2025 », Alger fait acte de souveraineté, d’indépendance stratégique et de fidélité à ses constantes diplomatiques.

Ce refus n’est ni un repli, ni un caprice d’orgueil. Il est, au contraire, l’expression d’une cohérence géopolitique rare dans un monde où l’alignement a souvent remplacé l’engagement. À ceux qui auraient voulu y lire un geste d’isolement ou de désengagement, l’Algérie répond par l’affirmation tranquille de son autonomie de décision, dans une conjoncture internationale minée par les logiques de blocs et les injonctions d’allégeance. C’est lors d’une conférence virtuelle tenue par le commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM), en liaison avec l’ambassade des États-Unis à Alger, que le refus algérien a été confirmé. Les responsables d’AFRICOM ont reconnu que l’Algérie a décliné une invitation officielle, adressée dans le cadre des préparatifs du plus grand exercice militaire interarmées sur le continent. Une décision prise en toute souveraineté, malgré les insistances et la volonté affichée de maintenir cette invitation ouverte. Dans les coulisses, des diplomates américains ont confié leur déception, exprimant leur souhait de voir Alger rejoindre un jour ces exercices, « pour en renforcer le poids stratégique ». Mais la diplomatie algérienne ne se laisse pas séduire par les flatteries. Cette posture a, sans surprise, fait l’objet d’une campagne de désinformation dans certains médias marocains, qui sont allés jusqu’à affirmer— contre toute évidence — une prétendue participation algérienne aux côtés d’Israël. Cette manœuvre, malhabile et grossière, vise à salir l’image d’un pays qui a fait du soutien au peuple palestinien un axe intangible de sa diplomatie. L’AFRICOM elle-même a dû clarifier les choses : la participation de troupes israéliennes se limite à des entraînements bilatéraux avec les Forces armées marocaines, dans le cadre d’un partenariat spécifique Rabat-Tel Aviv. Une précision qui n’a visiblement pas suffi à freiner les intentions manipulatrices de ceux qui s’acharnent à impliquer l’Algérie dans des alliances qu’elle refuse éthiquement et géopolitiquement. Le refus algérien ne peut être compris hors de son contexte historique et politique. Pour Alger, la Palestine n’est pas une variable d’ajustement, mais un repère de justice. Dès lors, participer à une manœuvre où figure Israël, même symboliquement, constitue un franchissement de ligne rouge. Cette position n’est pas nouvelle : elle s’enracine dans l’histoire du non-alignement, dans les solidarités tissées lors des luttes de libération et dans la mémoire algérienne, forgée par le rejet de la colonisation sous toutes ses formes.

Une coopération bilatérale algéro-américaine maintenue

Ce refus de participer à African Lion ne signifie pas une rupture des liens de coopération avec les États-Unis. Bien au contraire. Une feuille de route militaire, signée en janvier 2021, encadre les échanges entre les deux pays, allant de la formation à la présence de bâtiments de guerre américains dans les ports algériens. Le dialogue reste actif: des rencontres sont prévues entre les ministères de la Défense des deux pays, notamment pour discuter de contrats d’armement. Mais cette coopération bilatérale n’implique ni soumission ni silence. L’Algérie coopère sans se compromettre, discute sans se diluer. Les autorités américaines ont tenu à préciser que les manœuvres « African Lion 2025 » ne se tiendront pas dans les territoires occupés du Sahara Occidental, mais uniquement dans le nord du Maroc, en Tunisie, au Ghana et au Sénégal. Une concession tactique, sans doute dictée par la crainte de nouvelles tensions diplomatiques, notamment avec des pays non alignés ou critiques de l’occupation marocaine. Mais cette concession ne suffit pas à effacer l’implication croissante d’Israël dans la région ni à rassurer les observateurs sur la neutralité du terrain choisi. Le refus algérien, loin d’être une simple posture, s’inscrit dans une lecture lucide des rapports de force actuels. Il reflète la volonté d’une puissance régionale de ne pas se faire instrumenter dans une guerre d’influence où la lutte contre le terrorisme devient souvent le masque d’agendas militaires plus opaques. Il rappelle aussi que le rôle de l’Algérie dans la stabilisation du Sahel, dans la médiation des conflits africains et dans la construction d’un ordre régional multipolaire, ne peut être réduit à une ligne dans un communiqué d’état-major. Refuser, parfois, c’est résister. L’Algérie ne tourne pas le dos au monde : elle refuse de marcher derrière lui à contrevaleurs. En déclinant l’invitation américaine, Alger envoie un message de constance diplomatique, de fidélité à la cause palestinienne, et d’attachement à une vision équilibrée des partenariats internationaux. Dans un contexte mondial en recomposition, cette décision s’impose comme un geste fort, symbolique, et, peut-être, salutaire.

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