Quand Mascate rencontre Alger:
Deux jours pour bâtir l’avenir

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—

Le tapis rouge s’est déployé ce lundi sur le tarmac de l’aéroport Houari Boumédiène. Sous un ciel printanier alourdi par les enjeux géopolitiques et les promesses économiques, l’Algérie a accueilli avec faste le Sultan d’Oman, Haitham ben Tariq, pour une visite d’État de deux jours, à l’invitation du président Abdelmadjid Tebboune.

Une cérémonie d’honneur rythmée par 21 salves d’artillerie, le retentissement des hymnes nationaux et une poignée de main solennelle: les symboles ne manquaient pas pour signifier que quelque chose de plus grand qu’un protocole se jouait ici. Il ne s’agit pas seulement d’une visite de courtoisie entre deux chefs d’État arabes. Il est question ici d’un dialogue stratégique entre deux nations conscientes des mutations du monde et prêtes à repositionner leur coopération dans un nouvel ordre régional en gestation. L’Algérie, acteur central du Maghreb et de l’Afrique, forte de ses ressources, de son potentiel humain et de sa diplomatie non-alignée, tend la main à une Oman discrète mais respectée, acteur influent du Golfe, réputé pour sa neutralité et sa capacité de médiation. Le Sultan, accompagné d’un aréopage de ministres et de responsables économiques, n’a pas atterri à Alger les mains vides. Dans ses bagages : des propositions concrètes, des projets structurants, et surtout une volonté assumée d’investir dans une relation bilatérale fondée sur le respect mutuel, la complémentarité et une vision de long terme.

Un partenariat stratégique en germination

Le président du Fonds souverain omanais, Abdul Salam Al Murshidi, a récemment jeté les bases d’une feuille de route ambitieuse. À l’heure où le monde redessine ses chaînes de valeur, l’Algérie attire. Non pas seulement pour ses hydrocarbures ou son marché, mais pour sa position géographique, sa stabilité relative, et sa volonté affichée de diversifier son économie. Oman, quant à elle, ne cherche pas à imposer un modèle, mais à construire avec. Le Sultanat projette ainsi de s’impliquer dans des secteurs vitaux : agriculture, pharmaceutique, logistique, finance, et surtout, sécurité alimentaire. Une notion qui résonne avec acuité dans les esprits post-Covid et dans un contexte de tensions géopolitiques où les grains de blé valent parfois plus que l’or. L’agenda de cette visite est dense, rythmé par des séances de travail, des entretiens bilatéraux et la signature attendue de plusieurs accords. Il est aussi chargé d’une symbolique forte: celle d’une réconciliation entre l’arabisme du Golfe et celui du Maghreb, souvent séparés par des distances physiques autant que par des malentendus historiques. Mais le langage des affaires, lui, ne connaît ni désert ni montagne. Il parle en projets, en chiffres, en calendriers. Déjà, des entreprises omanaises prospectent le territoire algérien. Des consortiums mixtes pourraient voir le jour dès cette année, tandis que le secteur privé, souvent oublié dans les grandes visites officielles, s’organise en coulisse pour tirer sa part du gâteau. Sur le plan diplomatique, l’Algérie et Oman partagent une même prudence, une même volonté de non-ingérence et une tradition d’équilibre dans leurs prises de position. Cette convergence pourrait être mise à profit pour bâtir des médiations communes sur des dossiers brûlants : du conflit au Soudan au sort de la Palestine, où Alger et Mascate parlent d’une même voix, celle de la dignité des peuples. À l’heure où les alliances se redessinent, où les BRICS attirent autant qu’ils inquiètent, et où le Sud global cherche ses nouveaux héros, cette visite d’État ressemble à une page qu’on tourne. Ou plutôt, à une page qu’on commence à écrire. Le Sultan Haitham ben Tariq quittera Alger dans deux jours, mais les graines qu’il aura semées pourraient porter leurs fruits pour des années. En ces temps de tempête où les intérêts court-termistes dictent souvent la marche du monde, voir deux nations miser sur la confiance, la complémentarité et la vision à long terme est plus qu’un signal positif. C’est une bouffée d’air. Oman et l’Algérie, chacune à sa manière, rappellent que dans un monde multipolaire en gestation, la sagesse peut encore s’allier au pragmatisme. Et que les ponts, même ceux bâtis dans le sable, peuvent résister au vent, à condition de reposer sur la volonté des peuples.

 

 

 

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