Par Mohamed Tahar Aissani—/—
Sur les plateaux rocailleux du sud-ouest algérien, entre les vastes étendues désertiques de Béchar et les promesses enfouies de Gara Djebilet, une ligne de fer prend forme, traçant bien plus qu’une simple voie ferrée : elle dessine un horizon nouveau pour une nation qui choisit, enfin, de faire confiance à ses ressources, à son savoir-faire et à sa vision stratégique.
C’est avec une certaine fierté — mêlée à la conscience du défi relevé — que Abdelkader Mazar, porte-parole de l’Agence nationale d’études et de suivi de la réalisation des investissements ferroviaires (ANESRIF), a annoncé que la livraison du projet emblématique de la ligne minière ouest est désormais prévue dès la fin de l’année 2025, anticipant de plusieurs mois l’échéance contractuelle de mars 2026. Ce jalon, qui ne doit rien au hasard, illustre une volonté politique forte et un rythme d’exécution rarement observé dans les grands projets nationaux. Avec ses 950 kilomètres de tracé, cette artère ferroviaire n’est pas une simple infrastructure logistique. Elle est l’épine dorsale d’un basculement historique, celui de l’exploitation industrielle du gisement de fer de Gara Djebilet, l’un des plus importants au monde. C’est là, dans ce désert minéral chargé de potentialités inexploitées depuis l’indépendance, que se joue une partie essentielle de la souveraineté économique du pays. Dans ses déclarations à la radio nationale, Mazar a souligné que le premier tronçon de 200 kilomètres reliant Béchar aux limites de la wilaya de Béni Abbès est déjà en phase terminale. Les rails y sont en cours de pose, et la station de Hamaquir sera livrée dans le même temps, clôturant l’année par un symbole fort : celui d’un État qui avance, malgré les vents contraires. Loin d’un simple chantier, le projet est placé sous l’œil attentif du chef de l’État. Le président Abdelmadjid Tebboune en a fait une priorité stratégique. En avril dernier, il inaugurait personnellement le tronçon Béchar–Abadla, long de 100 kilomètres, saluant un « rêve devenu réalité ». Dans ses mots résonnait la voix de plusieurs générations, celles qui avaient vu se succéder les promesses sans lendemain et les reports sans fin. Aujourd’hui, le temps du concret semble enfin venu. L’année 2024 aura, à cet égard, marqué un tournant pour le secteur minier national. Longtemps marginalisé, parfois instrumentalisé, il connaît une véritable résurrection. Des projets longtemps gelés ont été relancés, d’autres priorisés, avec une vision d’ensemble qui articule développement industriel, désenclavement territorial, et souveraineté en matières premières. Dans cette dynamique, le projet de Gara Djebilet se distingue par son envergure continentale. Le minerai qui y sera extrait est appelé à alimenter non seulement les industries sidérurgiques algériennes, mais aussi à positionner l’Algérie comme un acteur incontournable dans les chaînes de valeur africaines et euro-méditerranéennes. Le rail, ici, n’est pas une fin en soi : il est l’instrument d’un redéploiement géoéconomique. Le choix du président Tebboune, en octobre dernier, d’ordonner la mise en œuvre accélérée des projets miniers structurants jusqu’à leur mise en service effective, témoigne de cette volonté de rupture. Rupture avec la lenteur, avec l’improvisation, avec la dépendance. Il s’agit désormais de construire, avec méthode et ambition, une Algérie capable de transformer ses ressources naturelles en moteurs de développement souverain. Certes, les défis techniques et climatiques de cette région aride sont nombreux. Mais les ingénieurs, ouvriers et cadres mobilisés sur le terrain relèvent le pari, à force de persévérance et de solutions adaptées. Là où d’autres auraient ajourné, ils avancent. Là où d’autres attendent, l’Algérie creuse, forge, trace et soude. Plus qu’un projet ferroviaire, la ligne minière ouest est le symbole d’un pays qui apprend à miser sur lui-même. Un pays qui, entre le sable et l’acier, redessine sa place dans le monde — non plus comme simple pourvoyeur de matière brute, mais comme bâtisseur de son propre destin. L’Algérie, quand elle ose, surprend. Quand elle avance, elle inspire. Et lorsqu’elle transforme un rêve géologique en colonne vertébrale économique, elle nous rappelle que le futur n’est pas à prédire, mais à construire — rail après rail, pas après pas.
