Algérie-Chine:
L’heure du décollage industriel a-t-elle sonné ?

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Par Mohamed Tahar Aissani—/—Il y a des annonces qui ressemblent à des frémissements. Et puis il y a celles qui claquent comme des promesses de destin. La visite, ce jeudi, du géant industriel chinois AVIC au ministère algérien de l’Industrie n’a rien d’un simple protocole diplomatique.

C’est peut-être, à y regarder de plus près, le prélude à une mue profonde du paysage industriel national. Et si l’Algérie s’apprêtait réellement à entrer dans le club restreint des nations qui produisent, innovent et exportent ? Dans le grand bâtiment feutré du ministère, la délégation chinoise conduite par Éric Yang, président du conseil de surveillance du groupe AVIC, n’est pas venue les mains vides. Il ne s’agissait ni de vagues intentions ni de slogans creux, mais d’un plan de collaboration structuré autour de trois piliers : transfert de technologie, fabrication localisée et valeur ajoutée algérienne. Le ministre Sifi Ghrib, en homme de cap plutôt que de cape, a saisi la balle au bond : « L’État accompagnera ces projets par tous les moyens. Nous avons un cap : souveraineté industrielle, diversification économique, et intégration technologique ». Ce n’est pas tous les jours qu’un mastodonte comme AVIC – conglomérat aux 500 000 salariés, présent dans 60 pays et actif dans l’aviation, la biomédecine, les technologies vertes et les systèmes mécaniques de pointe – fait de l’Algérie une destination stratégique. L’annonce fait d’autant plus de bruit qu’elle intervient dans un contexte régional complexe, où l’Afrique cherche à redéfinir ses partenariats loin des carcans historiques, et où l’Europe, confrontée à ses propres transitions, devient un débouché potentiel plus qu’un tuteur.

Un projet, une vision : faire de l’Algérie un hub industriel afro-européen

Loin d’un simple accord de coopération, ce qui s’est esquissé jeudi ressemble à un alignement d’intérêts profonds. D’un côté, un géant technologique chinois en quête de nouvelles plateformes industrielles proches de l’Europe et du Maghreb ; de l’autre, une Algérie consciente de l’urgence de son décollage économique, et plus déterminée que jamais à sortir du piège rentier. Le partenariat n’aura de sens, selon les deux parties, que s’il conduit à la création d’un véritable tissu industriel local. Cela signifie des usines, des emplois qualifiés, des filières complètes, mais aussi des pièces fabriquées ici, pour des marchés extérieurs. « Il ne s’agit pas seulement de produire pour l’Algérie. Il s’agit de produire en Algérie, avec l’Algérie, pour l’Afrique et au-delà », a résumé Éric Yang, mettant en avant le potentiel logistique et géostratégique du pays. Le ton est donné : AVIC ne veut pas d’une base d’assemblage low-cost, mais d’un partenaire stratégique de long terme.

L’innovation comme boussole : l’Algérie peut-elle se réinventer ?

Ce dialogue industriel se nourrit aussi de symboles forts. En présentant à Paris, lors du dernier Salon aéronautique, ses fleurons technologiques – du chasseur furtif de 5e génération J-35A aux drones de reconnaissance Wing Loong – AVIC a rappelé qu’il est bien plus qu’un assembleur. Le groupe revendique une culture de l’innovation et une volonté de briser les dépendances technologiques. Une ambition qui résonne étrangement avec les mots du ministre algérien : « L’indépendance ne se décrète pas, elle se construit, puce après puce, vis après vis ». Et si cette convergence d’intérêts ouvrait enfin les portes d’une révolution industrielle algérienne ? Loin des mirages de zones franches sans emploi, ou des mirages de partenariats stériles, le pacte qui se profile ici pourrait bien redonner sens au mot « développement ». Avec plus de 120 filiales, une présence dans les industries vertes et les biotechnologies, AVIC offre à l’Algérie un levier sans précédent. Encore faut-il, côté algérien, saisir cette chance sans glisser dans les travers habituels : lourdeurs administratives, insécurités juridiques, ou pilotage erratique.

L’audace comme horizon, la souveraineté comme moteur

Ce qui se joue ici dépasse les chiffres et les chiffres d’affaires. Il s’agit d’un tournant. Peut-être le dernier avant le non-retour. Si l’Algérie parvient à transformer cette proposition en un partenariat solide, transparent, équilibré, alors elle aura entamé sa véritable reconversion post-pétrolière. Sinon, ce ne sera qu’un dossier de plus sur les étagères poussiéreuses de l’histoire industrielle manquée. Mais ce jour-là, au ministère de l’Industrie, un air différent flottait dans l’air. Une confiance presque palpable. Comme si, pour la première fois depuis longtemps, le mot « futur » reprenait des couleurs.

 

 

 

 

 

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