Par Mohamed Tahar Aissani—/—En ce 1er juillet 2025, un souffle ancien mais inaltéré traverse les colonnes de l’histoire algérienne. Il ne s’agit ni d’un discours ordinaire, ni d’un simple rappel mémoriel. C’est un acte politique fort, un appel éthique, presque un cri. Le ministre des Moudjahidine et des ayants droit, Laïd Rebigua, s’est exprimé avec la fermeté des héritiers du feu, rappelant au monde – et à la France en particulier – que l’Histoire ne saurait être effacée sous prétexte d’indulgence diplomatique.
« L’Algérie ne reculera pas », a-t-il martelé. Non par orgueil, mais par fidélité. Fidélité à ceux qui sont tombés sans sépulture, à ceux que l’on a bâillonnés sous la cendre, à ces mémoires non soldées qui réclament justice et reconnaissance. Dans un climat international où les empires maquillent leur passé et où les crimes coloniaux glissent entre les interstices de l’amnésie politique, l’Algérie rappelle que le silence n’est pas une option. Il ne s’agit pas de revanche, mais de réparation. De mettre fin à une politique du déni que Paris continue d’ériger en stratégie. Laïd Rebika le dit sans ambages : l’impunité historique n’est plus tolérable. Il est temps que les responsabilités soient assumées, que les crimes de l’occupation – torture, massacres, pillage des ressources, effacement des cultures – soient reconnus pour ce qu’ils sont : des crimes imprescriptibles, des fautes contre l’humanité. Loin de se limiter à une condamnation rétrospective, le ministre trace un horizon. Il inscrit ce combat mémoriel dans une démarche de justice internationale, de solidarité avec les peuples encore privés de leur liberté. La révolution algérienne, dit-il, n’appartient pas seulement à l’histoire algérienne. Elle est ce feu sacré qui éclaire encore les chemins de la dignité humaine à travers le monde. C’est pourquoi l’Algérie se tient debout aux côtés des peuples sahraoui et palestinien, avec la constance d’une nation qui n’a jamais marchandé ses principes. Car au fond, cette exigence mémorielle n’est pas tournée vers le passé, elle dessine une autre façon d’habiter l’avenir : sans compromission, sans falsification, sans oubli.
Le président Tebboune et la reconquête des consciences
Sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, la question mémorielle est redevenue un axe central de la politique nationale. Non pas comme un slogan de circonstance, mais comme une nécessité existentielle. La mémoire, dans la vision présidentielle, n’est ni une faiblesse ni un fardeau. Elle est une boussole. Une école. Un pacte. Le ministre Rebika insiste sur ce lien vital entre mémoire et justice, entre vérité et paix. Sans reconnaissance des torts passés, aucune réconciliation sincère n’est possible. L’Algérie, elle, a fait le choix de la lucidité. Elle refuse l’oubli organisé, tout comme elle refuse de se laisser enfermer dans une posture victimaire. Ce qu’elle exige, c’est une mémoire équitable, partagée, débarrassée des angles morts et des zones d’ombre. Au-delà de l’interpellation directe à l’État français, le message algérien s’adresse aussi à la communauté internationale. Il met en lumière une réalité souvent éludée : l’héritage colonial n’est pas un chapitre clos. Il continue d’agir dans les fractures économiques, culturelles et sociales du présent. Tant que ce legs toxique ne sera pas affronté avec courage, les blessures resteront béantes. L’Algérie ne veut ni compensation, ni discours protocolaires. Elle veut des actes. Elle attend que la France cesse de parler d’« erreurs » et commence à dire « crimes ». Elle appelle à ce que l’histoire cesse d’être un terrain de négociation, et devienne enfin un lieu de vérité. Le message de Laïd Rebigua, porté par la gravité d’une histoire souffrante et la clarté d’une conscience politique assumée, s’inscrit dans un temps long. Il ne changera peut-être pas immédiatement la posture française. Mais il participe à cette dynamique irréversible : celle des peuples qui se réapproprient leur passé, non pour y rester prisonniers, mais pour mieux écrire leur avenir. Et à ce titre, l’Algérie ne reculera pas. Parce qu’il y a des causes qu’on ne renie jamais. Parce qu’il y a des silences qu’il faut briser. Parce que les cicatrices non reconnues finissent toujours par saigner de nouveau.
