Par Kheireddine Bouhalfa—/—
L’Algérie amorce un tournant stratégique dans la gestion de ses excédents agricoles. Sous l’impulsion du ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, une révision en profondeur de la liste des produits agricoles et alimentaires soumis à l’interdiction d’exportation a été engagée. Objectif : faire de la surproduction persistante depuis cinq ans une opportunité économique pour le pays et ses opérateurs.
En effet, une réunion interministérielle s’est tenue ce vendredi, rassemblant les représentants des ministères de l’Agriculture, du Développement rural, de la Pêche, de l’Industrie et du Commerce intérieur. Cette coordination multisectorielle a permis de jeter les bases d’une feuille de route claire : surveiller périodiquement les niveaux de production nationale afin d’identifier les surplus et les orienter vers les marchés extérieurs, tout en préservant la stabilité des prix et des approvisionnements sur le marché local. D’ailluers, Kamel Rezig a salué cette évolution comme un indicateur de maturité des filières agricoles algériennes, estimant que la demande croissante d’exportation émanant des producteurs reflète une transformation structurelle de la production. « Il s’agit maintenant de créer un cadre organisé pour faciliter l’exportation, tout en préservant les équilibres internes », a-t-il souligné. Il est à souligner que la dynamique actuelle découle d’une succession de politiques publiques volontaristes. L’accession facilitée au foncier agricole via la loi APFA, les subventions généreuses sur les intrants agricoles, ou encore les incitations à l’investissement prévues dans le Plan national de développement agricole (PNDA), ont entraîné une hausse significative de la production dans de nombreuses filières. Mais cette abondance a aussi eu ses revers. Faute d’une structuration suffisante des filières et d’un encadrement logistique adapté, des productions entières se sont retrouvées sans débouchés viables. À El Oued, les producteurs d’oignons ont vu les prix s’effondrer à des niveaux inférieurs aux coûts de production. Les cas similaires se multiplient : ail, pomme de terre, concombres, courgettes… toutes ont subi les effets d’un engorgement du marché local, aggravé par l’absence de capacités de stockage adéquates. Même le secteur fruitier n’a pas été épargné. La fraise, emblématique des productions des wilayas côtières comme Jijel ou Tipaza, a vu ses volumes exploser pour atteindre 1900 quintaux, mais les prix ont chuté brutalement, passant de 400 DA/kg en 2022 à seulement 100 DA cette année.
Exportations ciblées, équilibre local préservé
La réorientation vers l’exportation ne se fera cependant pas au détriment du marché local. Les autorités insistent sur la nécessité de garantir en priorité la sécurité alimentaire nationale. Néanmoins, la qualité reconnue des produits agricoles algériens permet aujourd’hui d’envisager des débouchés compétitifs à l’international. C’est dans cette optique que des décisions ont déjà été prises, comme l’autorisation récente d’exporter les œufs après confirmation d’un surplus durable. D’autres filières pourraient suivre, à mesure que le mécanisme de suivi de la production se met en place. Ce recentrage stratégique s’inscrit dans une volonté plus large de diversification économique, de création de valeur ajoutée locale et de meilleure intégration des produits agricoles dans le commerce mondial. Mais pour réussir ce pari, l’État devra accompagner les producteurs en modernisant les chaînes logistiques, en développant les infrastructures de stockage et en sécurisant des marchés extérieurs pérennes. Le potentiel est là. Reste désormais à transformer l’essai, pour que la surproduction ne soit plus synonyme de perte, mais devienne une source durable de croissance, d’emploi et de devises pour le pays.
